En 1534, Jacques Cartier prend possession d'un vaste territoire au nom du roi de France qui devient la Nouvelle-France. S’amorce alors le peuplement de la nouvelle colonie. Entre 1633 et 1663, les premières seigneuries sont concédées dans la vallée du Saint-Laurent. Sur le territoire de Beauce-Etchemin-Amiante, la première seigneurie à être concédée en 1697 est celle attribuée à Louis Jolliet, le découvreur du Mississippi. Sur la Chaudière, les premières concessions (Minville en 1672, de Cabanac en 1696, les Jésuites au nom des Abénaquis entre 1683 et 1697) ne se soldent pas par des établissements durables d’occupation du sol. C'est le 23 septembre 1736 que le système seigneurial s'implante définitivement en Beauce-Etchemin-Amiante avec les concessions de trois seigneuries dans la vallée de la Chaudière à Joseph Fleury de la Gorgendière, à Thomas-Jacques Taschereau et à François-Pierre de Rigaud-Vaudreuil. Le lendemain, soit le 24 septembre, deux nouvelles seigneuries apparaissent dans le paysage, derrière les précédentes en direction sud. Elles sont attribuées à François-Aubert de la Chesnaye et à Nicolas-Gabriel Aubin de l'Isle. L'année suivante, soit en 1737, la seigneurie Saint-Étienne, octroyée à François-Xavier Cugnet, s'insère dans le territoire résiduel compris entre la seigneurie de Lauzon et celle de Taschereau à l'ouest de la Chaudière. Au fur et à mesure qu'avance le peuplement, les rangs s'ouvrent à la colonisation en progressant des rives de l’Etchemin et de la Chaudière vers les plateaux appalachiens.

Dès les premières années, l'implication du seigneur devient centrale dans la mise en valeur de la seigneurie. Joseph Fleury de la Gorgendière joue ce rôle avec brio dans sa seigneurie. À la suite de son décès en 1755, la famille Taschereau reprend la seigneurie. Une bonne partie du territoire seigneuriale dans sa portion nord (les seigneuries de Saint-Étienne, de Jolliet, de Taschereau et de la Gorgendière) devient alors la propriété de cette famille. Par ailleurs, même si le mouvement semble bien enclenché dans la première moitié du XIXe siècle, il est à noter que plus on s’éloigne de la vallée du Saint-Laurent, plus le peuplement des seigneuries progresse.

Avec la Conquête, la Nouvelle-France passe sous l'autorité du roi d'Angleterre. Contrairement aux coutumes françaises, les Anglais utilisent un système d’attribution du sol différent, celui du « township », en vigueur dans les autres colonies anglaises. À partir de 1763, l'ordre de subdiviser le sol en « township » est institué. En Beauce-Etchemin-Amiante, les cantons viennent désormais encercler les seigneuries existantes.

Quelques références bibliographiques
(voir la bibliographie complète pour de plus amples informations)

BÉLANGER, France, Sylvia Berberi, Jean-René Breton, Daniel Carrier et Renald Lessard (1990), La Beauce et les Beaucerons : portraits d’une région 1737-1987, Saint-Joseph-de-Beauce, Société du patrimoine des Beaucerons/Corporation du 250e anniversaire de la Beauce, 381 p.

COURVILLE, Serge (dir.) (1996), Population et territoire, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, Coll. Atlas historique du Québec, 182 p.

COURVILLE, Serge (1990), Entre ville et campagne : l’essor du village dans les seigneuries du bas-Canada, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 335 p.

HARRIS, Richard Colebrook (1966), The Seigneurial System in Early Canada. A Geographical Study, Madison et Québec, University of Wisconsin Press et Les Presses de l’Université Laval, 247 p.