La prospection minière, particulièrement celle de lor et de lAmiante, a tenu une place importante dans l'économie de la région Beauce-Etchemin-Amiante. C'est dans la seigneurie Rigaud Vaudreuil que la première découverte dor est enregistrée. Toutefois, le moment exact de la découverte ne peut être identifié, les informations variant d'un auteur à l'autre qui situe cette dernière entre 1823 et 1846. Par contre, on sait quen 1863, un événement majeur se produit en Beauce alors que les frères Poulin et un neveu, Narcisse Rodrigue, trouvent 72 onces d'or en une journée de travail. La nouvelle se répand rapidement parmi la population et une véritable ruée vers l'or s'amorce alors.
Vers 1880, les trois principales compagnies récoltent 681 onces d'or par année, mais en 1890, les travaux miniers diminuent considérablement dans la région et, entre 1900 et 1910, l'activité minière semble à son plus bas niveau. Cependant, une reprise s'annonce avec la compagnie Champs d'Or Rigaud-Vaudreuil, qui passe une entente avec la famille de Léry pour acquérir les droits miniers de la seigneurie. D'importants travaux ont lieu, mais les découvertes dor restent décevantes. Une autre compagnie, la Dominion Gold Fields investit sans plus de résultats des sommes importantes en 1910 et 1911 dans la construction d'un canon à eau afin de laver le gravier. Avec la crise des années 1930, les grandes compagnies délaissent les concessions minières au profit des prospecteurs agissant sur une base individuelle.
Durant les années 1950, Séraphin Bolduc et sa famille continuent la prospection aurifère dans les alluvions de la Gilbert. Leurs découvertes suscitent à nouveau lintérêt. Constituée de la firme Boylen, de la New-York-Alaska Mines Limited et de Séraphin Bolduc, la Beauce Placer Mining Company est fondée en 1958 pour tenter une nouvelle exploitation minière. Une immense drague est transportée par chemin de fer de lIdaho jusquà Notre-Dame-des-Pins, puis par voie terrestre vers Saint-Simon afin dexploiter lor. En 1985, la compagnie des Gisements d'or de la Chaudière Ltée, filiale de Coniagas, devient propriétaire des droits miniers de la Beauce Placer et effectue, sans plus de succès, dimportants travaux de prospection dans le secteur du ruisseau des Meules.
Malgré des succès mitigés, la fièvre de lor sévit toujours en Beauce-Etchemin-Amiante de nos jours. À n'en pas douter, l'or suscite encore de l'intérêt chez certaines compagnies minières. Néanmoins, la veine d'or principale des dépôts souterrains reste à découvrir. Certes, de l'or a été trouvé, mais en quantités minimes. Malgré les succès recensés ici et là dans lhistoriographie, les activités des compagnies minières s'avérèrent non rentables, de sorte qu'elles devenaient de plus en plus rares. Beaucoup moins de personnes travaillent aux mines durant le XXe siècle, ce qui tranche avec le milieu du XIXe siècle alors que la mécanisation était à peine développée. L'or en Beauce-Etchemin-Amiante semble être devenu l'apanage dinitiés qui connaissent les endroits propices à la découverte du précieux métal.
C'est en 1876 que de l'amiante, dit l « or blanc », est découverte dans le canton de Thetford. À l'annonce de cette nouvelle, certaines familles, telles les King, les Johnson et les Ward, se trouvent en situation avantageuse puisquelles possèdent plusieurs lots renfermant les dépôts d'amiante les plus riches de la région dans les cantons de Thetford, Ireland et Coleraine.
Il existe deux formes principales d'exploitation de mines d'amiante: la carrière à ciel ouvert, soit la forme d'extraction la plus répandue, et les mines souterraines, exploitées surtout entre 1920 et 1950. De 1898 à 1923, l'exploitation minière connaît une progression notable en raison de la forte demande sur le marché mondial avec une production annuelle atteignant les 100 000 tonnes de fibres d'amiante, ce qui est cinq fois plus élevé qu'en 1900 et dix fois plus qu'en 1890.
Au tournant du XXe siècle, de nouvelles technologies font leur apparition, comme le broyage du minerai par traitement mécanique. Malgré certains progrès technologiques, les accidents et les décès demeurent élevés dans l'industrie. Devant gagner leurs vies dans un environnement dangereux, les mineurs réclament de meilleures conditions de travail et des salaires plus avantageux. Des grèves importantes éclatent donc en 1905, 1909, 1915, 1916 et enfin en1920.
Dans les années 1920, l'industrie demeure prospère, notamment grâce au développement de l'industrie automobile, grande utilisatrice d'amiante dans ses composantes. La crise de 1929 amène une baisse radicale de la demande, qui sintensifie plus encore en 1931-1932. Plusieurs mineurs perdent alors leur emploi. Dans les années 1930, un renouveau syndical samorce, grâce aux interventions de l'abbé Pierre Gravel. En général, les propriétaires s'opposent aux revendications des travailleurs et les représentations syndicales ont peu d'influence et de pouvoir dans les conventions collectives. Durant les années 1935-1936, l'industrie de l'amiante connaît une reprise avec une demande accrue des marchés américain, européen, japonais et allemand et ce, malgré la concurrence toujours plus forte d'autres pays. Avec la Deuxième Grande guerre, la demande pour l'amiante continue dêtre en hausse. Le retour à la paix change peu la donne : les conditions des travailleurs de l'amiante ne saméliorent guère, tant au plan des salaires que des conditions de travail. En 1949, la grève qui s'amorce est l'un des plus violent conflit de travail de l'histoire du Québec et du Canada et marque un tournant dans le syndicalisme québécois.
Au cours des décennies de 1950 et de 1960, le secteur de l'amiante profite de la relance économique de l'après-guerre, particulièrement dans le secteur de la construction, mais également dans ceux de l'industrie d'armements militaires et de la construction navale. Parallèlement à la demande croissante pour « l'or blanc », les mines à ciel ouvert ne cessent de prendre de l'expansion dans le paysage, de sorte qu'il devient nécessaire de relocaliser des quartiers résidentiels entiers (cest notamment le cas de la paroisse de Saint-Maurice à Thetford à la fin des années 1960).
Les années 1970 voient poindre une autre période de crise pour l'industrie de l'amiante. En 1975, une grève générale de près de huit mois paralyse l'ensemble de la production. Les années 1970 coïncident avec l'intérêt croissant du gouvernement provincial et des universitaires québécois pour cette industrie. Porté au pouvoir en 1976, le gouvernement du Parti québécois désire apporter des changements dans l'industrie en tentant de solutionner les problèmes de santé et de production qui y sont liés. Le gouvernement souhaite également développer le traitement de l'amiante dans les usines québécoises. De 1979 à 1981, l'Asbestos Corporation et la Bell Company fusionnent sous le nom de la Société nationale de l'amiante (SNA), les deux sociétés passant sous le contrôle du Gouvernement du Québec. La crise économique du début des années 1980 et l'opinion publique plus sensible aux dangers pulmonaires liés à l'utilisation de l'amiante, tant aux États-Unis qu'en Europe, engendrent une baisse de la demande et, de ce fait, une baisse des bénéfices et des profits. Depuis lors, la production n'a jamais connu les sommets des années 1950. La situation devient préoccupante pour la SNA qui, en 1989, affiche un déficit accumulé de 277 M $. Dans les années 1990, les intervenants de la région tentent de trouver des alternatives pour diversifier l'économie. En 1992, le gouvernement prend la décision de privatiser la Société nationale de lamiante. Les actifs sont cédés à la firme Mazarin inc., gérée par LAB Chrysotile.
Face à ces problèmes, la région de l'Amiante semble changer ses orientations économiques en misant davantage sur l'encouragement de la création de petites et moyennes entreprises (P.M.E). Devant ce fait, deux opinions saffrontent sur la scène régionale. Certains pensent que la P.M.E. représente l'avenir et le moyen de relancer léconomie régionale, alors que pour dautres, la conversion économique passe par la promotion de projets à grande envergure, comme celui visant à utiliser les haldes de résidus d'amiante pour en extraire du magnésium, transformé en lingots destinés à l'industrie de l'automobile. Léconomie de plusieurs villes étant basée sur lexploitation de ces ressources naturelles, lavenir apparaît incertain.
Quelques références bibliographiques
(voir la bibliographie complète pour de plus amples informations)ARMSTRONG, Robert (1978), The Asbestos Industry in Quebec : 1878-1929, thèse de doctorat, Université Laval, 240 p.
CHAPMAN, William (1881), Mines dor de la Beauce, Lévis, Mercier & Co., 63 p.
DESLANDES, Jean-Luc (1992), Les mines dor en Beauce : le vrai début en 1846, Québec, ministère de lIndustrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie.
DUBÉ, Romain et alii ( 1994), Thetford Mines à ciel ouvert : histoire dune ville minière, 1892-1992, Thetford Mines, La ville de Thetford Mines, 596 p.
TRUDEAU, Pierre-Elliott (1956), La grève de lamiante, Montréal, Les Éditions du Jour, 430 p.