L'enracinement de l'Église catholique en Beauce correspond à une période de transition peu favorable à l'Église catholique. La fin du régime français et le début du régime britannique affaiblissent l'Église catholique au moment où le déploiement de la population sur le territoire aurait nécessité de sa part une capacité de réagir qu'elle n'avait pas. Diminuée, elle voit au plus pressant. Au cours de cette période d'un siècle qui s'ouvre en 1737 avec l'arrivée du premier curé missionnaire en Beauce, l'Église catholique n'arrivera à porter sur les fonts baptismaux que huit paroisses, toutes érigées canoniquement après 1824. Sauf à Sainte-Marie, on a peu affaire à des paroisses établies mais plutôt à des missions en transition. On verra apparaître une véritable réalité paroissiale vers 1840. Au cours de cette période, l'Église catholique doit aussi apprendre à vivre avec les protestants, qui ont une véritable vie religieuse de tradition anglicane et réformée, et accueillir une population catholique irlandaise.

Contrairement au siècle précédent, à partir du milieu du XIXe siècle, l'Église catholique a cette fois les moyens de ses ambitions. Son personnel est nombreux, ses ressources ne manquent pas. Elle connaîtra une croissance constante et un rayonnement inégalé. Bien que les populations de la Chaudière, des Etchemins et de l'Amiante constituent une chrétienté fervente et dévote, l'idéal conquérant de l'Église catholique rencontrera quelques résistances de la part des fidèles. Avant d'arriver à canaliser cet esprit religieux qui est incontestable et lui faire adopter les pratiques morales et religieuses prescrites, l'Église devra surmonter plusieurs obstacles et d'abord parvenir à s'établir sur le territoire, notamment dans les cantons où les protestants sont bien implantés et où leur présence est institutionnellement mieux articulée et plus dynamique que celle des catholiques. Elle devra également démembrer les anciennes paroisses pour mieux desservir la population souvent éloignée de l'église. Ce travail de fondation s'achèvera vers les années 1920. Il faudra par la suite organiser le domaine paroissial, assurer les bases de l'instruction religieuse. Cela se traduit par l'organisation des paroisses : confréries et associations pieuses, retraites, catéchisme, prônes et sermons, organisation de manifestations publiques du sentiment religieux. C'est par ces moyens que l'instruction religieuse, qui s'avère une condition d'une pratique religieuse régulière et fervente, pénètre la population. Non seulement le monde intérieur des fidèles doit être imprégné de représentations fournies par le catholicisme , mais la nation et la société elles-mêmes se doivent de reproduire l'ordre chrétien. Pour l'Église de cette époque, ce n'est pas uniquement la vie individuelle des catholiques qu'il s'agissait de moraliser mais également la vie sociale et l'économie. Il fallait également viser les chantiers, organiser la mission et composer avec de nouveaux défis (notamment les cinémas et le monde ouvrier). Il reste donc beaucoup de travail à accomplir. Pendant un siècle, l'Église catholique avait beaucoup gagné de terrain. Elle avait occupé tout l'espace géographique et réussi à marquer le temps des hommes et à nourrir leur espace spirituel. Elle avait d'ailleurs si bien réussi qu'elle pouvait envisager d'établir un nouveau diocèse en Beauce. De son côté, l'Église protestante, après une première époque d'expansion et de prospérité, verra graduellement son aire de rayonnement se rétrécir en raison de la diminution graduelle de la population protestante qui s'amorce dès la fin du premier tiers du siècle. Il n'en demeure pas moins qu'elle garde des positions importantes et qu'elle marquera durablement de sa présence ces régions du Québec.

Aux lendemains de la seconde guerre mondiale s'amorce une longue période de changements qui marqueront toute la deuxième moitié du XXe siècle. Certes, tout ne bascule pas d'un seul coup. Apparemment, l'Église catholique triomphe. Sa réussite est impressionnante. Que de chemin parcouru en un siècle. Tout le territoire est maintenant quadrillé par un réseau paroissial dense et aux mailles serrées. L'encadrement religieux est non seulement étroit, mais au vu des résultats, il semble efficace. Toutefois plusieurs observateurs ne manquent pas de s'interroger sur l'avenir qui inquiète. Si les années cinquante connaissent encore de grandes manifestations populaires du sentiment religieux, elles amorcent de profonds changements qui inscriront leur effet dans la longue durée et qui marqueront toute cette fin du XXe siècle.

En Beauce, des hommes d'affaires connus et des hommes politiques eurent un destin national. Il ne faut cependant pas ignorer qu'au cours du XXe siècle, la région de la Beauce a donné deux cardinaux à l'Église et deux évêques auxiliaires au diocèse de Québec. Plus important encore, ces régions de Beauce, Etchemin et Amiante ont développé un catholicisme bien enraciné, proche de la vie sociale d'une population qui a grandi en étroit contact avec une population protestante importante.

Quelques références bibliographiques
(voir la bibliographie complète pour de plus amples informations)

FORTIN, Christian (1995), Colonisation et ethnicité dans le canton de la Beauce : Frampton de 1860-1861, mémoire de maîtrise, Université Laval, 129 p.

POULIN, Anne-Marie (1988), Un héritage anglican : l’Église Christ Church à Frampton, Québec, ministère des Affaires culturelles, 16 p.

PROVOST, Honorius ( 1967), Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce : histoire religieuse, Québec, La Société Historique de la Chaudière, 625 p.

VOISINE, Nive (1987), Les Frères des écoles chrétiennes au Canada, tome 1 : La conquête de l’Amérique, 1837-1880, Québec, Éditions Anne Sigier, 443 p.