Sous le régime français, l’école en Beauce demeure extrêmement peu développée, comme c’est d’ailleurs le cas en dehors des centres plus populeux de la Nouvelle-France et de l’Europe à la même époque. L’Église et la famille sont les premières responsables de l’éducation des enfants. Le fait qu’il n’y ait pas de véritable système scolaire ne doit cependant pas masquer les nombreuses initiatives prises localement pour pourvoir aux besoins éducatifs de la région.

Si on examine les trois formes d’enseignement qu’ont connu les Canadiens français, soit les petites écoles pour la population en général, les collèges et les couvents qui offrent une formation un peu plus poussée et enfin le quasi système d’apprentissage à un métier, il semble que l’éducation ait eu, selon des degrés variables, son importance dans la région. C’est ainsi que très tôt se développe un enseignement des métiers, formation qui ne s’effectue pas dans un cadre scolaire mais plutôt par le biais d’un régime d’apprentissage pourvoyant à la transmission des connaissances d’une génération à l’autre, de père à enfant, de mère en fille, d’aîné à cadet ou de maître à apprentis. En fait, on peut dire que, malgré des moyens fort limités et en l’absence de grandes institutions, les communautés locales ont su développer des formes d’enseignement variées répondant à leurs besoins spécifiques. Par contre, pour ce qui est d’un enseignement un peu plus avancé, qui prendra la forme des collèges classiques plus tard, il demeure longtemps restreint, élitiste et peu élaboré localement.

En ce début de XIXe siècle, la scolarisation progresse tout de même graduellement sur le territoire de la Beauce-Etchemin-Amiante et cela sous l’effet des certaines lois (de l’Institution Royale, des écoles de Fabriques, de Syndics). Les communautés locales, malgré des difficultés financières qui les poussent à contester et même à détruire des écoles plutôt que de se trouver dans l’obligation de les financer –on qualifiera cet épisode de « guerre des éteignoirs »- vont se doter de petites écoles de rangs et de paroisses. Les catholiques et les protestants élaborent ainsi peu à peu leur projet éducatif respectif sur des bases confessionnelles. Comme ce sera le cas dans toute la province, les deux confessions développent chacune leurs propres écoles. Les catholiques, largement majoritaires dans la région, peuvent compter sur les très nombreuses communautés religieuses, en majorité féminines, qui œuvrent dans les paroisses et qui fondent des collèges, académies, couvents et écoles modèles.

Toutefois, malgré quelques améliorations, il apparaît vite que la formation dite professionnelle est inadéquate et ne répond pas aux besoins émergeants de l’industrialisation. Au début du XXe siècle, la petite bourgeoisie d’affaires locale réclame du gouvernement une intervention accrue pour que les ouvriers soient mieux qualifiés. D’autant plus que les protestants ont déjà pris les devants et que les catholiques, même s’ils accèdent très tôt au marché du travail, présentent toujours une qualification technique limitée. Dans des milieux industriels comme Thetford Mines ou Beauceville, on accentue les cours du soir et, en 1926, on réforme l’enseignement technique. On met peu à peu sur pied de véritables écoles techniques et de métiers de différents niveaux, des écoles de réforme de type carcéral et des collèges industriels. La crise économique de 1930 convainc plus que jamais de l’importance de la formation et de la compétence professionnelles. Sous la poussée de la Deuxième Guerre mondiale, les écoles de métier se multiplient et se donnent comme objectifs de préparer les élèves au travail dans les industries locales et de restreindre l’exode rural.

En parallèle à la formation industrielle, un autre type de formation professionnelle, l’enseignement agricole, connaît ses propres développements. Comme l’enseignement spécialisé et technique, cette formation atteint son apogée en 1930-1940 alors que la crise économique a redonné à l’agriculture son caractère essentiel. La population féminine prend part activement à l’agriculture et à sa formation avec les Cercles des fermières qui développent un réseau de solidarité, d’échange, de conseil et d’entraide. Quant aux écoles ménagères, elles inculquent aux jeunes filles le goût des travaux domestiques. Bref, tout un réseau d’écoles moyennes à vocation agricole et familiale s’organise sur le territoire de Beauce-Etchemin-Amiante. Outre cet enseignement ménager, les filles n’ont, en formation professionnelle, que peu d’autres possibilités, si ce n’est l’École normale de Beauceville, qui œuvre depuis 1923 à former des institutrices. C’est en 1954 que l’on inaugure officiellement l’École d’infirmières pour que les « nouvelles aspirantes gardes-malades » disposent enfin d’une véritable formation professionnelle ouvrant « sur une très belle carrière ».

Mais ces adaptations ne suffisent plus, l’éducation manque de coordination, d’accessibilité, elle ne répond plus aux besoins sociaux. La Commission royale d’enquête présidée par Mgr Parent revoit, de 1961 à 1964, l’ensemble de l’organisation pédagogique et des structures de l’école. Comme l’avait été l’Église précédemment, l’État devient l’acteur majeur en éducation. Les années 1960 donnent également une impulsion importante à l’éducation avec la création des cégeps, des polyvalentes et la mise sur pied, par le tout nouveau ministère de l’Éducation, de nouveaux services éducatifs à tous les niveaux. Les disciplines enseignées dans les écoles de métiers sont graduellement intégrées au secondaire public. Au 31 mars 1970, la commission scolaire régionale de l’Amiante intègre l’École des métiers de Thetford et celle de la Chaudière prend sous sa responsabilité l’École ménagère de Sainte-Germaine et l’École de métiers de Saint-Georges de Beauce. Le Cégep de Thetford est créé en 1969 et le Collège de Saint-Georges suivra le pas en devenant un collège d’intérêt public, prenant le nom de Cégep Beauce-Appalaches en 1990. La formation agricole est également profondément transformée, la population rurale n’ayant cessé de décroître. La régionalisation de l’organisation scolaire finira de changer complètement le paysage scolaire de la région. Par exemple, la commission scolaire de la Chaudière, l’une des premières au niveau régional à être créées en 1961, intègre dès le départ quinze autres commissions scolaires locales.

Comme le collégial, l’enseignement universitaire est lui aussi tenu de démocratiser passablement ses structures pour être plus accessible, notamment aux étudiants en dehors des grands centres urbains. Alors que les écoles normales sont abolies et que la formation des maîtres incombe désormais à l’université, partout au Québec, un réseau d’universités est créé de toutes pièces par le gouvernement. Dans la région Beauce-Etchemin-Amiante, où depuis longtemps l’Université Laval a des liens bien établis, on choisit plutôt une formule de partenariat autonome entre divers acteurs (Laval, Trois-Rivières). Ce projet aboutira, dans les années 1990, à la création du Centre universitaire des Appalaches.

Ce bref rappel de l’évolution des structures de la formation dans la région témoigne des efforts déployés par les différents acteurs scolaires à travers l’histoire : instituteurs et institutrices laïques, congrégations religieuses enseignantes, professeurs et professionnels de l’enseignement, parents, commissaires et directions d’écoles, qui ont tous grandement contribué à la poursuite de la scolarisation de milliers d’élèves sur tout le territoire. C’est ainsi que, sous l’effet de la conjoncture sociale, économique et culturelle et aussi grâce aux actions des communautés locales et de l’État, l’école est devenue une institution essentielle en Beauce-Etchemin-Amiante, une institution en constants changements.

Quelques références bibliographiques
(voir la bibliographie complète pour de plus amples informations)

AUDET, Louis-Philippe (1956), « Deux écoles royales, 1814-1836 : Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce et Cap-Santé », Mémoires et comptes rendus de la Société royale du Canada, juin, p. 7-24.

CHARLAND, Jean-Pierre (2000), L’entreprise éducative au Québec, 1840-1900. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 452 p.

DUFOUR, Andrée (1996), « Financement des écoles et scolarisation au Bas-Canada : une interaction État-communautés locales (1826-1859) », Revue d’histoire de l’éducation/Historical Studies in Education, vol. 6, no 2, p. 219-252.

PROVOST, Honorius ( 1967), Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce : histoire religieuse, Québec, La Société Historique de la Chaudière, 625 p.

THIVIERGE, Maryse (1982), Histoire de l’enseignement ménager-familial au Québec 1882-1970, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 475 p.