Si on examine les trois formes denseignement quont connu les Canadiens français, soit les petites écoles pour la population en général, les collèges et les couvents qui offrent une formation un peu plus poussée et enfin le quasi système dapprentissage à un métier, il semble que léducation ait eu, selon des degrés variables, son importance dans la région. Cest ainsi que très tôt se développe un enseignement des métiers, formation qui ne seffectue pas dans un cadre scolaire mais plutôt par le biais dun régime dapprentissage pourvoyant à la transmission des connaissances dune génération à lautre, de père à enfant, de mère en fille, daîné à cadet ou de maître à apprentis. En fait, on peut dire que, malgré des moyens fort limités et en labsence de grandes institutions, les communautés locales ont su développer des formes denseignement variées répondant à leurs besoins spécifiques. Par contre, pour ce qui est dun enseignement un peu plus avancé, qui prendra la forme des collèges classiques plus tard, il demeure longtemps restreint, élitiste et peu élaboré localement.
En ce début de XIXe siècle, la scolarisation progresse tout de même graduellement sur le territoire de la Beauce-Etchemin-Amiante et cela sous leffet des certaines lois (de lInstitution Royale, des écoles de Fabriques, de Syndics). Les communautés locales, malgré des difficultés financières qui les poussent à contester et même à détruire des écoles plutôt que de se trouver dans lobligation de les financer on qualifiera cet épisode de « guerre des éteignoirs »- vont se doter de petites écoles de rangs et de paroisses. Les catholiques et les protestants élaborent ainsi peu à peu leur projet éducatif respectif sur des bases confessionnelles. Comme ce sera le cas dans toute la province, les deux confessions développent chacune leurs propres écoles. Les catholiques, largement majoritaires dans la région, peuvent compter sur les très nombreuses communautés religieuses, en majorité féminines, qui uvrent dans les paroisses et qui fondent des collèges, académies, couvents et écoles modèles.
Toutefois, malgré quelques améliorations, il apparaît vite que la formation dite professionnelle est inadéquate et ne répond pas aux besoins émergeants de lindustrialisation. Au début du XXe siècle, la petite bourgeoisie daffaires locale réclame du gouvernement une intervention accrue pour que les ouvriers soient mieux qualifiés. Dautant plus que les protestants ont déjà pris les devants et que les catholiques, même sils accèdent très tôt au marché du travail, présentent toujours une qualification technique limitée. Dans des milieux industriels comme Thetford Mines ou Beauceville, on accentue les cours du soir et, en 1926, on réforme lenseignement technique. On met peu à peu sur pied de véritables écoles techniques et de métiers de différents niveaux, des écoles de réforme de type carcéral et des collèges industriels. La crise économique de 1930 convainc plus que jamais de limportance de la formation et de la compétence professionnelles. Sous la poussée de la Deuxième Guerre mondiale, les écoles de métier se multiplient et se donnent comme objectifs de préparer les élèves au travail dans les industries locales et de restreindre lexode rural.
En parallèle à la formation industrielle, un autre type de formation professionnelle, lenseignement agricole, connaît ses propres développements. Comme lenseignement spécialisé et technique, cette formation atteint son apogée en 1930-1940 alors que la crise économique a redonné à lagriculture son caractère essentiel. La population féminine prend part activement à lagriculture et à sa formation avec les Cercles des fermières qui développent un réseau de solidarité, déchange, de conseil et dentraide. Quant aux écoles ménagères, elles inculquent aux jeunes filles le goût des travaux domestiques. Bref, tout un réseau décoles moyennes à vocation agricole et familiale sorganise sur le territoire de Beauce-Etchemin-Amiante. Outre cet enseignement ménager, les filles nont, en formation professionnelle, que peu dautres possibilités, si ce nest lÉcole normale de Beauceville, qui uvre depuis 1923 à former des institutrices. Cest en 1954 que lon inaugure officiellement lÉcole dinfirmières pour que les « nouvelles aspirantes gardes-malades » disposent enfin dune véritable formation professionnelle ouvrant « sur une très belle carrière ».
Mais ces adaptations ne suffisent plus, léducation manque de coordination, daccessibilité, elle ne répond plus aux besoins sociaux. La Commission royale denquête présidée par Mgr Parent revoit, de 1961 à 1964, lensemble de lorganisation pédagogique et des structures de lécole. Comme lavait été lÉglise précédemment, lÉtat devient lacteur majeur en éducation. Les années 1960 donnent également une impulsion importante à léducation avec la création des cégeps, des polyvalentes et la mise sur pied, par le tout nouveau ministère de lÉducation, de nouveaux services éducatifs à tous les niveaux. Les disciplines enseignées dans les écoles de métiers sont graduellement intégrées au secondaire public. Au 31 mars 1970, la commission scolaire régionale de lAmiante intègre lÉcole des métiers de Thetford et celle de la Chaudière prend sous sa responsabilité lÉcole ménagère de Sainte-Germaine et lÉcole de métiers de Saint-Georges de Beauce. Le Cégep de Thetford est créé en 1969 et le Collège de Saint-Georges suivra le pas en devenant un collège dintérêt public, prenant le nom de Cégep Beauce-Appalaches en 1990. La formation agricole est également profondément transformée, la population rurale nayant cessé de décroître. La régionalisation de lorganisation scolaire finira de changer complètement le paysage scolaire de la région. Par exemple, la commission scolaire de la Chaudière, lune des premières au niveau régional à être créées en 1961, intègre dès le départ quinze autres commissions scolaires locales.
Comme le collégial, lenseignement universitaire est lui aussi tenu de démocratiser passablement ses structures pour être plus accessible, notamment aux étudiants en dehors des grands centres urbains. Alors que les écoles normales sont abolies et que la formation des maîtres incombe désormais à luniversité, partout au Québec, un réseau duniversités est créé de toutes pièces par le gouvernement. Dans la région Beauce-Etchemin-Amiante, où depuis longtemps lUniversité Laval a des liens bien établis, on choisit plutôt une formule de partenariat autonome entre divers acteurs (Laval, Trois-Rivières). Ce projet aboutira, dans les années 1990, à la création du Centre universitaire des Appalaches.
Ce bref rappel de lévolution des structures de la formation dans la région témoigne des efforts déployés par les différents acteurs scolaires à travers lhistoire : instituteurs et institutrices laïques, congrégations religieuses enseignantes, professeurs et professionnels de lenseignement, parents, commissaires et directions décoles, qui ont tous grandement contribué à la poursuite de la scolarisation de milliers délèves sur tout le territoire. Cest ainsi que, sous leffet de la conjoncture sociale, économique et culturelle et aussi grâce aux actions des communautés locales et de lÉtat, lécole est devenue une institution essentielle en Beauce-Etchemin-Amiante, une institution en constants changements.
Quelques références bibliographiques
(voir la bibliographie complète pour de plus amples informations)AUDET, Louis-Philippe (1956), « Deux écoles royales, 1814-1836 : Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce et Cap-Santé », Mémoires et comptes rendus de la Société royale du Canada, juin, p. 7-24.
CHARLAND, Jean-Pierre (2000), Lentreprise éducative au Québec, 1840-1900. Québec, Les Presses de lUniversité Laval, 452 p.
DUFOUR, Andrée (1996), « Financement des écoles et scolarisation au Bas-Canada : une interaction État-communautés locales (1826-1859) », Revue dhistoire de léducation/Historical Studies in Education, vol. 6, no 2, p. 219-252.
PROVOST, Honorius ( 1967), Sainte-Marie de la Nouvelle-Beauce : histoire religieuse, Québec, La Société Historique de la Chaudière, 625 p.
THIVIERGE, Maryse (1982), Histoire de lenseignement ménager-familial au Québec 1882-1970, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 475 p.