Les caisses populaires tiennent une place importante parmi les institutions et les associations financières que la population de la région Beauce-Etchemin-Amiante met sur pied afin d’organiser et de mieux contrôler sa vie économique et de se doter des outils de développement dont elle a besoin. Un grand nombre de caisses populaires, rejoignant plus de 80 % des localités, prend forme dans la région entre 1907 et 1969. Au total, 94 localités et trois institutions d’enseignement font l’expérience de cette coopérative d’épargne et de crédit. À la fin des années soixante, le réseau comprend 89 caisses populaires.

Le réseau s’étend peu à peu, au gré des circonstances. La première caisse de la région fait son apparition à Saint-Isidore-de-Dorchester le 27 décembre 1907. Le mouvement démarre véritablement en 1909 avec la mise sur pied des caisses de Saint-Victor-de-Tring, de Black-Lake, de Thetford-Mines, de l’Enfant-Jésus et de Saint-Ephrem-de-Tring.

Deux temps forts marquent la pénétration des caisses dans la région. Le premier survient à l’époque d’Alphonse Desjardins et dure de 1907 à 1920; le second se manifeste au cours des années 1935 à 1950, qui constituent d’ailleurs la grande période d’expansion du mouvement coopératif au Québec. Entre ces époques s’insèrent deux périodes de crise, soit le début des années 1920 et toute la décennie de 1930, qui ralentissent considérablement la progression du réseau, jusqu’aux années 1940, moment où le réseau des caisses populaires atteint son expansion maximale.

Après 1950, les caisses populaires continuent de s’enraciner dans les collectivités locales, comme l’indique l’augmentation du nombre de leurs membres, qui passe de 45 194 en 1950 à 128 125 en 1970. Grâce à cet accroissement du sociétariat, et aussi à l’augmentation des revenus et de la capacité d’épargne de la population, l’actif des caisses fait un bond important, passant de 19,5 à 121,4 millions $. L’actif moyen, qui était de 225 000 $ en 1950, s’élève ainsi à 1,3 million $ en 1970. C’est-à-dire que les caisses sont maintenant en mesure de jouer un rôle déterminant dans la vie économique des communautés locales, auxquelles elles procurent une autonomie financière sans cesse grandissante.

De 1970 à 2000, l’évolution des caisses populaires est marquée par la croissance financière, l’utilisation des nouvelles technologies, la diversification des services et un engagement de plus en plus visible au sein du milieu. Solidement ancrées dans toute la région Beauce-Etchemin-Amiante, elles ont la faveur d’une grande partie de la population qui leur confient leurs épargnes et s’adressent à elles pour leurs besoins financiers.

Au tournant de l’an 2000, le phénomène nouveau des fusions de caisses populaires vient modifier sensiblement la configuration du réseau régional. Plusieurs caisses font le choix de se regrouper entre elles, dans le but de réduire les frais d’exploitation et d’améliorer leur offre de services. Cette stratégie est soutenue par la direction du Mouvement Desjardins qui souhaite voir passer le nombre de caisses de 1 143 qu’il était en 1999 à 600 en 2002.

Le réseau régional, qui englobait 85 caisses à la fin de 1997, n’en compte plus que 64 à la fin de l’an 2000. Et la tendance se poursuit, de telle sorte que le réseau devrait se limiter à une quarantaine de caisses en 2002. Ce n’est pas sans regrets que les collectivités locales renoncent à la présence d’une institution aussi bien enracinée dans leur milieu. Dans la plupart des endroits, cependant, un point de service prend le relais de la caisse, offrant aux citoyens de la localité un accès aux services financiers de base.

Quelques références bibliographiques
(voir la bibliographie complète pour de plus amples informations)

LEBOSSÉ, Joël (1996), « L’expérience réussie d’un banquier développeur : La Caisse populaire de La Guadeloupe (Beauce) », Économie et solidarités, vol. 28, no 1, p. 133-147.

POULIN, Pierre (1990), Histoire du Mouvement Desjardins, tome I : Desjardins et la naissance des caisses populaires, 1900-1920, Montréal, Québec/Amérique, 373 p.

POULIN, Pierre (1994) Histoire du Mouvement Desjardins, tome 2 : La percée des caisses populaires, 1920-1944, Montréal, Québec/Amérique, 449 p.

POULIN, Pierre (1998) Histoire du Mouvement Desjardins, tome 3 : De la caisse locale au complexe financier, Montréal, Québec/Amérique, 480 p.

TURCOTTE, Renald (s.d.), 75 ans de présence sociale dans notre milieu. La Caisse populaire de Thetford Mines, 1909-1984, s.l., Imprimerie Roy et Laliberté.