Les dynamismes qui ont marqué l'histoire récente de ces trois régions se sont surtout concentrés dans le secteur économique : l'industrie pour la Beauce, l'agriculture pour l’Etchemin et la reconversion des mines pour l'Amiante. Le secteur des manifestations artistiques a davantage de difficulté à faire naître et progresser des entreprises à large diffusion. Ce n'est véritablement qu'avec le développement phénoménal des moyens de communication au XXe siècle que la population est davantage sensibilisée aux arts et aux lettres. Là encore, l’amélioration des transports routiers, qui rapprochent le public de la région Beauce-Etchemin-Amiante de la capitale défavorise en quelque sorte l'implication régionale et sape les efforts de la population dans sa volonté de créer et de maintenir une industrie culturelle originale. Certes, les talents ne manquent pas mais dès qu'ils atteignent un niveau professionnel, les artistes quittent trop souvent la région pour les grands centres urbains.

Dès le début du vingtième siècle, la musique occupe une place privilégiée dans les villages des régions de la Beauce et de l’Amiante. Le piano, la musique à bouche, l’accordéon et surtout le chant sont de toutes les fêtes. Lorsque l’on songe à former un ensemble musical, c’est, la plupart du temps, sous la forme de fanfare que l’on choisit de le faire. D’abord créées dans les collèges, les fanfares regroupent des citoyens dans diverses municipalités : Beauceville, St-Georges, Thetford Mines, Black Lake, Disraëli. Les chorales représentent également une forme musicale très prisée auprès de la population. Fondées toutes deux en 1961, les chorales l’Écho Beauceron de St-Georges et Clair Matin de Thetford connaissent une longue carrière. Clermont Pépin, originaire de St-Georges, est sans contredit un des plus éminents musiciens que la région ait donné au monde de la musique canadienne. Il est à noter que l’essor des activités culturelles au cours des années 1970 force les élites locales à construire des salles de spectacles bien équipées afin d’attirer de plus en plus d’artistes de calibre international.

Par ailleurs, la radio devient un média privilégié qui rejoint tous les foyers. Les diffuseurs se multiplient. Saint-Georges, qui avait son poste de radio depuis 1934, connaît de ce côté une expansion grâce à l’arrivée sur les ondes du poste CKRB-CIRB-MA de Radio Beauce inc. en 1953. En 1977, Radio Beauce implantera une nouvelle station radiophonique à Lac Etchemin, le poste CIRB, qui dessert alors toute la région de Bellechasse. De son côté, CKLD de Thetford Mines, qui est en ondes depuis février 1950, prend un tournant décisif en 1964 en accroissant les heures de diffusion et en installant un nouvel émetteur qui accroît son aire de diffusion.

Les médias de presse écrite ne sont pas en reste dans cette effervescence culturelle. Les journaux se consolident. L’Éclaireur de Beauceville (qui deviendra en 1961 l’Éclaireur-Progrès) se fait l’organe principal de la région de la Beauce. Après l’hebdomadaire L’Aiglon, Lac-Etchemin dispose de l’hebdomadaire La Voix du Sud qui dessert toute la population du comté de Dorchester depuis 1961. Et à Thetford-Mines, Le Canadien est fondé en 1915 alors que Le Progrès de Thetford est mis en place en 1938.

Si le monde journalistique est dynamique, le milieu littéraire n’est pas de reste : pour les Beaucerons du XXe siècle, le poète William Chapman a certainement été une figure marquante de la littérature. Décédé à Ottawa en 1917, il fait l’objet de nombreuses commémorations de la part de ses concitoyens. Dans la deuxième moitié du XXe siècle siècle, la littérature beauceronne a de nouveaux porte-parole. À ce titre, l’auteur qui nous aura fait connaître le mieux la région est sans nul doute Madeleine Ferron.

Quant à l’intérêt pour les livres et leur diffusion au sein de la population, le mouvement d’instauration de bibliothèques publiques commence à la fin des années 1970 et s’intensifie à partir des années 1980, lorsque la plupart des petites municipalités se joignent au réseau de la Bibliothèque Centrale de Prêt de la région de Québec. Dans les villes plus importantes qui disposent de cégep ou de polyvalente, comme Thetford-Mines et Black-Lake, la population utilise surtout les bibliothèques institutionnelles, puisque souvent, les équipements des municipalités apparaissent déficients et font l’objet de nombreuses récriminations de la part des usagers.

À une époque où la télévision n’existe pas encore, la sociabilité s’exerce principalement au sein des familles. Dans la première moitié du XXe siècle, les parties de cartes et les soirées de danse s’orchestrent dans le modèle ancien des réunions familiales. Jusqu’à la Deuxième Guerre, les euchres (des parties de cartes publiques) sont très populaires. Ils se déroulent autour d’un programme principal constituée d’une série de parties de cartes. Les habitants aiment également se donner rendez-vous aux soirées dramatiques et musicales. Même si ces dernières continuent toujours de séduire un certain public, l’offre de spectacles se diversifie grandement. Les tournées provinciales des troupes montréalaises inscrivent maintenant Beauceville, St-Georges, Thetford Mines et Lac-Etchemin sur leurs itinéraires. Après des débuts difficiles dans les années 1910, le cinéma, quant à lui, réussit une diffusion lente à partir des années 1920. La résistance des curés est cependant très forte comme en témoigne la lettre pastorale de Mgr Bégin qui condamne, sous peine de péché, l’assistance aux représentations de vues animées données au Théâtre de Beauceville. L’essor incontestable du cinéma se fait véritablement après 1945. Plusieurs municipalités des régions de la Beauce et de l’Amiante ouvrent des salles de projection, en 1947 à St-Gédéon et le très populaire cinéma Rex en 1953 à Beauceville. Avec le développement de l’industrie cinématographique au Québec, la région de la Beauce et de ses environs devient un sujet et un cadre attrayant de tournage. La télévision, qui fait son apparition dans les foyers du Québec au début des années cinquante, suscite immédiatement l’enthousiasme des résidants de la région. Des émissions y sont d’ailleurs souvent tournées. Le personnage du père Gédéon, du téléroman Les Plouffe de Roger Lemelin, recueille lui aussi maints commentaires. Il est l’objet de plaisanteries pour les Beaucerons qui tirent une certaine fierté de ce personnage qui magnifie leurs origines et leur conviction d’être différents.

Le désir de proclamer ses appartenances et ses racines est particulièrement manifeste dans l’organisation des fêtes populaires que sont la fête de la Saint-Jean-Baptiste ou une fête commémorant la naissance d’un village. Il se trouve dans les populations de Beauce-Etchemin-Amiante un attachement aux lieux et objets du patrimoine qui est remarquable. La population s’éveille à ses richesses patrimoniales.

Quelques références bibliographiques
(voir la bibliographie complète pour de plus amples informations)

BÉLANGER, France (1990), « Un art de vivre », dans France Bélanger, Sylvia Berberi, Jean-René Breton, Daniel Carrier et Renald Lessard, dans La Beauce et les Beaucerons : portraits d’une région 1737-1987, Saint-Joseph de Beauce, Société du patrimoine des Beaucerons/Corporation du 250e anniversaire de la Beauce, p. 263-289.

DUBÉ, Romain et alii ( 1994), Thetford Mines à ciel ouvert : histoire d’une ville minière, 1892-1992, Thetford Mines, La ville de Thetford Mines, 596 p.

FERRON, Madeleine (1982), Les Beaucerons ces insoumis, Ville de La Salle, Hurtubise HMH, 370 p.

HAMEL, Nathalie (1998), Le costume en Beauce, 1920-1960 : tradition, innovation et régionalisme, mémoire de maîtrise, Université Laval, 132 p LORENT, Maurice (1977), Le parler populaire de la Beauce, Montréal, Leméac, 224 p.

LORENT, Maurice (1977), Le parler populaire de la Beauce, Montréal, Leméac, 224 p.