Gaspésie > Saint-Siméon [1952 - 2003]

La tradition Bourdages

Au fil des générations, la ferme de la famille Bourdages, de Saint-Siméon, en Gaspésie, évolue d’une agriculture de soutien à une agriculture commerciale.

Historiquement, l’agriculture a toujours été présente en Gaspésie, qu’elle soit de soutien sous le Régime français, de subsistance depuis la Conquête, ou commerciale depuis les années 1900. La famille d’Alexis Bourdages, de Saint-Siméon, dans la Baie des Chaleurs, représente ce courant de changements qui s’inscrivent au fil des générations et conduisent à un mode d’exploitation du sol tel qu’on le connaît aujourd’hui, mécanisé, spécialisé et de haut rendement.

Alexis Bourdages

Alexis Bourdages est né en 1917, juste à la fin de la Première Guerre mondiale. Son père, François, et son grand-père, Alec, sont et se considèrent d’abord comme des pêcheurs. Leur travail de la terre, qui n’est pour eux qu’un moyen de suffire aux besoin de leur famille, constitue donc une agriculture de subsistance. Ils gardent en effet quatre ou cinq vaches, des poules et quelques cochons. François pêche en plus la morue à la trâle et dévoile les secrets du métier à Alexis, qui va d’ailleurs mettre fin à ses études rapidement pour, selon ses propos, venir en aide à son père. Rendu à l’âge adulte, il gagne sa vie à pêcher, mais il améliore ses chances de succès en travaillant avec des filets maillants. Tradition, oui, mais aussi changement laissant place à l’amélioration. C’est l’esprit qu’Alexis inculque à ses fils et petit-fils.

En 1958, François cède sa propriété à Alexis, qui exploitait déjà la ferme avec son père. Il diversifie suffisamment sa production pour pouvoir vivre de sa terre. En fait, Alexis Bourdages se lance alors, avec l’accord de son épouse Julia Paquet, dans une agriculture commerciale, à caractère plutôt domestique, en ce sens qu’elle est variée, mais destinée au marché local. Il élève d’abord des animaux soit vingt-cinq vaches laitières, une centaine de moutons et une quarantaine d’agneaux. Une entente avec un boucher de Saint-Siméon lui permet de préparer sa viande au goût de ses clients, en filets, en steaks ou en steak haché. Il poursuit également dans la pêche commerciale de la morue et du hareng et fait l’achat et la revente du turbo salé.

Ferme Roger Bourdages
Ferme Roger Bourdages
Crédit : Yolaine Sirois
Saint-Siméon []
En 1956, deux ans avant que son père ne lui cède ses actifs, il développe la production maraîchère en même temps que celle des fraises et des framboises. Il cultive aussi des pommes de terre. Avec l’aide de ses enfants Roger, Louis-Yves et Maryse, Alexis effectue des livraisons quotidiennes de lait, légumes et fraises, selon la saison, ce qui lui permet également, l’été, d’écouler dans les foyers auxquels il rend visite le bois de chauffage qu’il a coupé l’hiver précédent. Il livre aussi viande et poisson, ce de façon alternative et sur une base hebdomadaire. Sa femme Julia, à laquelle Alexis apporte les factures en fin de journée, assure quant à elle la comptabilité, mais a également la charge de traire les vaches le matin. Elle tient qui plus est, pendant vingt ans, une auberge associée à Agricotour, du ministère de l’Agriculture du Québec. L’apport monétaire qui s’en suit est important parce qu’il défraie le coût de la machinerie, des tracteurs, des rotoculteurs, l’achat des semences, des plants de fraises, etc.

Roger Bourdages

Alexis Bourdages et son épouse ont eu trois enfants, Roger, Louis-Yves et Maryse. Il ne souhaite pas imposer le travail de sa terre à ses fils, bien que l’anime le désir de voir l’entreprise familiale se poursuivre. Même si les Bourdages exploitent cette ferme depuis cinq générations, en tenant compte celle d’Alexis, celui-ci préfère laisser ses fils faire leur choix. Son aîné, Roger, travaille à la cartonnerie de New-Richmond et Louis-Yves, le second, s’installe dans l’Ouest canadien. Sa fille Maryse est mariée et s’occupe aujourd’hui de l’administration de la ferme. En 1973, parce qu’il est animé du désir de poursuivre la tradition familiale, mais aussi parce que la santé de Julia commence à être chancelante, Alexis laisse la place à son fils Roger. Ce dernier, qui a le sens de la famille et de la continuité, reprend le flambeau, mais il est difficile de quitter un travail rémunérateur.

Quatre générations de Bourdages
Quatre générations de Bourdages
Pierre, Alexis, Roger et son épouse Colette Poirier, François et Marc-Olivier. Photo : Yolaine Sirois
Crédit : Yolaine Sirois
Saint-Siméon []
Pour combiner les deux emplois, Roger Bourdages donne une nouvelle orientation à la ferme familiale. De concert avec son épouse, Colette Poirier, il oriente sa production vers l’animal de boucherie, ce qui signifie la fin de la traite le matin et certainement moins de problèmes pour écouler la production. Son troupeau de départ compte trente vaches de races limousine et cimentale. Aujourd’hui, il possède soixante vaches. Il poursuit également la culture des fraises à des fins commerciales, celles-ci rapportant d’ailleurs plus que la viande. Roger veut donner encore plus d’expansion à son entreprise agricole, se situant alors dans l’état d’esprit légué par son père, ce dernier l’aidant d’ailleurs encore considérablement. Il achète donc des terres quand les fermiers des environs prennent leur retraite et en acquiert d’autres dans les rangs et les villages voisins. Les superficies en culture augmentent en proportion. La ferme Bourdages possède aujourd’hui 800 acres de terre, dont 700 en culture.

Pierre Bourdages

Roger et Colette auront quatre enfants, Pierre, Luce, Lynne et Jean-François, qui s’initient aux secrets de la ferme dès leur plus jeune âge. Pierre suit une formation en gestion agricole à Sainte-Anne-de-la-Pocatière de 1984 à 1987. Il prend la direction générale de la ferme quand son père incorpore l’entreprise familiale sous le nom Ferme R. Bourdages et Fils Inc. Avec Alexis, la production de la ferme était orientée vers les besoins du marché local. Roger élargit sa clientèle à toute la Gaspésie, ses produits étant écoulés dans les supermarchés et marchés situés entre Gaspé et Rimouski.

Tradition Bourdages – Plus qu’une marque, un leitmotiv
Tradition Bourdages – Plus qu’une marque, un leitmotiv
Crédit : Graphisme Médialogue
Saint-Siméon []
Avec l’arrivée de Pierre et Josée Cayouette, son épouse, la ferme Bourdages prend un nouvel élan. Le jeune agriculteur s’implique intensément et maximise les investissements. Il implante la culture crucifère avec laquelle il rejoint les marchés américains, augmente à vingt acres les superficies consacrées aux fraises, vendues à 50 % sur le marché de Montréal, commence la culture du maïs et accroît la production de vaches-veaux à soixante têtes. En 1995-96, Pierre Bourdages ajoute une dimension supplémentaire à l’entreprise familiale en introduisant la transformation des produits de la ferme. Sa mère prend alors la responsabilité des cuisines où elle supervise la préparation de pâtés, biscuits, galettes, pains de ménage, et des produits de la fraise et de ses dérivés, tartes, coulis, beurre de fraise. En 2000, il procède à un agrandissement du poste de transformation, qui fonctionne toute l’année, et fait l’acquisition d’un permis de vente de viande dans les épiceries. En 1996, la Ferme R. Bourdages et Fils crée sa propre marque commerciale, Les Produits Tradition Bourdages, qui devient l’étendard d’une production et la garantie d’un standard de qualité.

À ses débuts, la ferme Bourdages faisait vivre une famille. Avec Alexis, elle passe à une production commerciale diversifiée et dessert le marché local. Roger consolide les acquis de son père en agrandissant ses surfaces et en ajustant la production. Dans l’idée léguée par ses parents de prendre de nouvelles initiatives, il développe un marché régional. Le petit-fils Pierre élargit le champ de production, affine les rendements animaux et végétaux de la ferme à l’aide de l’informatique et fait franchir à celle-ci le pas de la transformation de ses produits. Aujourd’hui, la Ferme R. Bourdages et Fils emploie 25 permanents, 150 occasionnels en période de pointe et affiche un chiffre d’affaires dépassant les 100 000 $.

Mario Mimeault, MA Histoire,
Chercheur indépendant,
Gaspé, 19 août 2002

Bibliographie :

GAGNÉ, Gilles. « Les Bourdages de Saint-Siméon ». Gaspésie, vol. XXXVI, no 1 (printemps-été 1999), p. 29-31.

LAVOIE, Alain. « La Ferme R. Bourdages et Fils de Saint-Siméon; la tradition se poursuit après 50 ans ». Le Terroir, mai 2001, p. 2.

LAVOIE, Alain. « Du brocoli gaspésien se retrouve à New-York ». Le Terroir, 1991.


 

 

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