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Le légendaire Alexis Lapointe dit le Trotteur (1860-1924). Mythes et réalités au sujet du Cheval du Nord

Cheval du nord, centaure, homme-cheval, autant de surnoms accolés à Alexis Lapointe dit le Trotteur originaire de Charlevoix et célèbre pour ses courses effrénées à travers la région et bien au-delà.

Surnommé le « Cheval du Nord », le « Centaure » ou encore le « Surcheval », Alexis Lapointe est plus familèrement désigné sous le nom du « Trotteur ». Il est né, le 4 juin 1860, à La Malbaie dans Charlevoix, dans un secteur rattaché de nos jours à la ville de Clermont. Il ne demeure pas toute sa vie dans sa région natale et il voyage au Saguenay-Lac-Saint-Jean, dans la Vallée de la Matapédia et même aux États-Unis. Il est toutefois difficile de démêler le vrai du faux en ce qui concerne ce personnage. Était-il un véritable athlète, un simple amuseur public ou un inadapté social ? Ou tout cela à la fois et bien plus encore! La légende du Trotteur se construit de mythes et de réalités.

Alexis Lapointe dit le Trotteur
Alexis Lapointe dit le Trotteur
Crédit : Société d'histoire de Charlevoix
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Les exploits attribués à Alexis Lapointe dit le Trotteur sont innombrables, tout d’abord comme coureur mais aussi comme sauteur et danseur. Il n’est cependant pas doué sur le plan de l’intelligence, ces contemporains le considérant au mieux comme naïf ou le plus souvent comme un simple d’esprit. Il compense largement cette faiblesse grâce à ses exploits physiques. Il n’occupe jamais d’emploi régulier, sauf peut-être celui de constructeur de fours à pain. Un faible notoire lui est attribué envers la gent féminine, mais il demeure pourtant célibataire toute sa vie.

Alexis le Trotteur commence tôt à imiter le cheval. Enfant, il fabrique des chevaux de bois et il s’amuse à les faire courir. À l’adolescence, il imite les attitudes du cheval en se fouettant avec une hart et en entreprenant des périples dans Charlevoix. Sa famille accepte mal son comportement original. Alexis quitte le toit paternel à l’âge de 18 ans et mène, le reste de sa vie, une existence nomade.

Le nombre de ses courses contre des chevaux est incalculable. Le plus souvent, ce sont des propriétaires de chevaux qui invitent Alexis à courir contre leurs meilleurs chevaux trotteurs. Alexis l’emporte presque toujours. Il bat entre autres le magnifique trotteur du seigneur Duggan de La Malbaie. Alexis court aussi parfois contre des bateaux: parti en même temps qu’un navire de croisière à Pointe-au-Pic, il est sur le quai de Chicoutimi pour l’accueillir lors de son arrivée. Alexis est aussi capable de bonds prodigieux et il danse des soirées entières sans se fatiguer. Il joue des airs endiablés sur sa grosse harmonica double sans s’essouffler. Il dépasse les trains, les vélos, les autos qui commencent à apparaître au début du 20[e] siècle. Où se trouve la vérité au sujet de ces exploits? La rumeur populaire fait du Trotteur une véritable légende et l’exagération se pointe très vite dans les récits racontant les exploits d’Alexis Lapointe.

Un spécialiste de l’activité physique a étudié le cas d’Alexis Le Trotteur . En 1966, Jean-Claude Larouche a même exhumé le squelette du Trotteur au cimetière de La Malbaie. Sa recherche prouve qu’Alexis Le Trotteur est un athlète véritable qui s’est soumis sa vie durant à un entraînement continu. En plus de courir, de danser, de sauter, le Trotteur construit des fours à pain en piétinant la glaise avec ses pieds. Félix-Antoine Savard raconte sa méthode de construction de fours à pain:

« Alexis taillait ensuite son bois selon le cordeau, le mettait en trempe, l’exposait au soleil de l’été... Pour les aulnes dont il faisait ses cintres, il allait au bord de la Sinigolle. C’est là qu’abondent les vergnes (vanniers des eaux) toujours en sève, flexibles et dociles comme l’osier. Il choisissait l’argile de la Côte bleue, de toutes la plus pure et la plus grasse; et, pour bourrer ses torches, la spartine, foin de mer souple et liant. Il aimait construire en septembre, au retour des récoltes. Le matin de l’oeuvre dès l’aube, il entrait dansant et chantant au milieu de ses matériaux. ».

La mort d’Alexis Lapointe dit le Trotteur reste mystérieuse. Il meurt écrasé par un train. Selon la légende, il courait alors devant le train et il aurait tout simplement chuté sur le rail. Certains parlent d’un suicide car à plus de soixante ans le trotteur ne parvenait plus à courir aussi vite qu’autrefois. Un témoin de l’époque le confirme:

« Je l’ai revu dix ans plus tard en Matapédia, où il n’était qu’homme de chantier comme vous et moi. On en parlait bien encore mais comme d’une gloire un peu fanée. Il ne courait plus que comme un moyen cheval, disait-on. ».

Alexis a emporté le secret de sa mort avec lui. Il reste une part d’ombre au sujet de ce personnage légendaire. Pourtant, les amateurs de sports se sont emparés de son mythe à la fin du XXe siècle et sa réputation de héros populaire a continué de s’accroître. On lui a consacré des livres, des films, des noms de rues, des disques et des chansons, un ballet, une bande dessinée, un festival sportif... Son squelette sorti de la terre de La Malbaie repose quelque part dans les collections du Musée de Chicoutimi et il devient la proie des visiteurs étonnés par ses restes. Tout cela est merveilleux et triste à la fois. Alexis Lapointe dit le Trotteur aurait-il souhaité parfois que l’on s’intéresse à sa personne plutôt qu’à sa légende? Nous ne le savons pas... Toutefois même dans la mort, son histoire n’a pas de fin, son corps n’a pas de repos. Le Cheval du Nord suscite encore la discussion et le mythe a dévoré l’homme réel depuis longtemps et ce bien avant que la locomotive ne mette fin à sa vie à Alma au Lac-Saint-Jean en 1924.

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. La Malbaie. 27 mars 2002.


Bibliographie :

Gauthier, Serge. « Le légendaire Alexis Lapointe dit le Trotteur(1860-1924) », Revue Charlevoix, 4 (avril 1987): 19-22.

Gauthier, Serge. L’homme-spectacle. La Malbaie, Musée régional Laure-Conan, 1981. p. 12-20 (Alexis Lapointe dit le Trotteur)



 

 

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