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Gaspésie > Gaspésie (général) [1629 - ]
Les missions de Récollets en Gaspésie
Les Récollets sont l’un des premiers groupes religieux à s’installer en Gaspésie. En 1672, ils ont une mission à Percé. Ils s’établissent aussi à Ristigouche et à Pabos.
L’ordre des Récollets arrive au Canada presque en même temps que Samuel de Champlain et connaît avec lui l’expulsion organisée par les frères Kirke en 1629. Les Récollets reviennent en Nouvelle-France en 1670 et deviennent l’un des premiers groupes religieux à s’installer en Gaspésie. Dès lors, ils occupent de façon quasi exclusive le champ apostolique régional pour toute la période du régime français.
La mission de Percé
| | Établissement des Récollets à Percé en 1686 Barque de pêche toute voile dehors Crédit : Détail. Aquarelle de la rade de Percé 1686 de Stella Joncas-Veillette d’après original. Coll. Mario Mimeault Perçé [] | Fraîchement débarqués à Québec, les pères Récollets sont invités par Pierre Denys de la Ronde à venir s’installer sur ses terres à Percé. Les pères Hilarion Guénin et Exuper Dethune sont les premiers à répondre à sa demande et le suivent au printemps 1672. Trois ans de labeur leur sont nécessaires pour défricher une terre à l’entrée de la Baie des Morues et pour construire à Percé même une maison avec chapelle et jardins à proximité des endroits fréquentés par les pêcheurs. Les deux missionnaires se chargent de leur donner les services religieux pendant l’été. En 1675, le supérieur de Québec leur envoie le père Chrétien Le Clercq, lequel est chargé expressément de l’évangélisation des Micmacs de la région.
Le père Dethune reste à Percé pendant dix ans. Il est rejoint puis remplacé en 1683 par le père Joseph Denys, de son vrai nom Jacques Denys, fils du seigneur des lieux Pierre Denys de la Ronde. Le père Joseph est d’ailleurs le premier Canadien français qui soit entré dans l’ordre des Franciscains déchaussés, autre nom que se donne ce groupe de religieux. | | Didace Pelletier Il a construit les chapelles de Percé et de l’île Bonaventure Crédit : Gravure J.-B. Scottin. Coll. Mario Mimeault Perçé [] | Dérogeant jusque-là à leurs règles, les Récollets avaient partagé leur vie commune avec les employés du seigneur Denys. Curieusement, c’est le fils de ce dernier qui réactive dès son arrivée les règles de l’ordre et qui prend soin d’établir une séparation avec les laïcs. Avec l’aide de son compagnon de mission, le frère Didace Pelletier, il édifie une résidence vouée aux services des missionnaires et une église pour la communauté des pêcheurs. Il semble que son projet rencontre l’opposition de Monseigneur de Laval, mais ses supérieurs le laissent néanmoins poursuivre son travail.
La chapelle construite par le père Dethune est bientôt remplacée par une église de cinquante pieds de long. Les travaux sont terminés en 1687. Il s’agit d’une « église fort belle pour le milieu, ornée de tous les tableaux et les ornements nécessaires », écrit Chrétien Le Clercq. La petite église est dédiée à Saint-Pierre, non seulement, aux yeux de la communauté, le prince des apôtres, mais également le saint patron des pêcheurs. Une seconde église est aussi bâtie par les soins du père Didace sur l’île Bonaventure. Sa construction s’impose du fait de la régularité du séjour des équipages français sur l’île. Celle-ci est dédiée à Sainte-Claire, jeune femme qui a fondé en Europe le pendant féminin de l’ordre des Franciscains déchaussés. C’est donc là, aux yeux des religieux, une façon de lui rendre un hommage mérité.
À Ristigouche
Pendant que deux missionnaires récollets exercent leur sacerdoce à Percé, un troisième se rend auprès des Micmacs de Ristigouche, Nipissiguit (Bathurst) et Miramichi. Il faut savoir que le village indien de Ristigouche est à l’époque à l’emplacement d’Atholville. Les bases de la mission chrétienne y sont posées vers 1677. Chrétien Le Clercq, qui y exerce régulièrement son apostolat, la désigne sous le nom de mission de la rivière Saint-Joseph. C’est d’ailleurs là qu’il fait pour la première fois usage de son écriture pictographique sur des ouigadigane (billets). Son successeur, le père Moireau, puis ses confrères, perpétueront l’emploi des billets de Le Clercq.
La mission de Ristigouche est adjacente à un établissement laïc appartenant à Richard Denys de Fronsac, le fils de Nicolas Denys. Ce dernier y a installé quelques colons et ouvert un poste de traite. En 1705, le responsable de cette mission est le père Michel Bruslé. Les relations entre les membres de la famille Denys et ce dernier connaissent des tensions. À peine l’intronisation du missionnaire étant chose faite, Pierre Rey-Gaillard, qui a épousé la veuve Denys, le poursuit en justice pour traite illégale de fourrure avec les Micmacs. La réalité est que les Amérindiens aiment décorer leur chapelle avec la fourrure et que, la cupidité n’ayant pas de bornes, les traiteurs aimeraient mettre la main sur toutes les pelleteries. Le père Bruslé est finalement exonéré de tout blâme et il poursuit sa mission pendant encore dix-sept ans sur un territoire qui s’étend occasionnellement jusqu’à Rimouski, aux abords du fleuve Saint-Laurent. Il est remplacé à partir de 1722, et des missionnaires lui succéderont à son poste jusqu’à la fin du régime français.
L’établissement de Pabos
Les pêcheurs basques et français, suivis plus tard par des Canadiens, fréquentent assidûment l’anse de Pabos depuis les années 1715. La famille Lefebvre de Bellefeuille acquiert en 1729 les droits seigneuriaux attachés à cette bande du territoire. Pendant une vingtaine d’années, le poste de pêche, qui regroupe une forte concentration de population permanente, est desservi par des prêtres itinérants. En 1751, l’évêque de Québec, Mgr de Pontbriand, envoie le Récollet Simple Bocquet prendre charge d’une cure fixe à Pabos qui est désigné poste central. Son territoire apostolique s’étend de Kamouraska, sur la rive sud du Saint-Laurent, jusqu’à Chédiac, sur la côte est du Nouveau-Brunswick.
| | La chapelle de l’Île Bonaventure Elle était dédiée à Sainte-Claire. Crédit : Aquarelle de Stella Joncas-Veillette d’après original. Coll. Mario Mimeault Île Bonaventure [] | Cette partie de la Gaspésie comprend une population assez nombreuse et en droit de recevoir le soutien de la foi. Près d’une trentaine de maisons composent le village de Pabos et soixante autres habitations se trouvent à Grande-Rivière, le bourg voisin. Une église est construite sur l’île Beau-Séjour, dans la baie du Grand-Pabos, et probablement aussi une chapelle à Grande-Rivière, compte tenu du bassin de pêcheurs à l’œuvre à cet endroit. Les deux villages relèvent de la paroisse créée sous le vocable de Sainte-Famille de Pabos et pour laquelle des registres sont tenus de 1751 à 1758.
Cette année 1758 marque la fin d’une époque tant pour la paroisse tenue par les Récollets que pour la seigneurie de Pabos et tous les postes de pêche de la côte gaspésienne. La Guerre de la Conquête amène les troupes anglaises en Gaspésie et celles-ci détruisent tout, mettant fin officiellement à la présence française dans cette région.
Mario Mimeault, MA Histoire
Chercheur indépendant,
Gaspé, le 12 juillet 2002
Bibliographie :
BACON, René. « L’œuvre missionnaire des Frères Mineurs – Récollets et Observants – en Nouvelle-France et au Canada ». Chroniques et documents, vol. 45 (1993), 66-89.
BÉLISLE, Jean. Historique de Pabos. Montréal, Ministère des Affaires culturelles, 1980. 112 p., cartes, ill.
HUGOLIN, R.P. L'établissement des Récollets à l'Isle Percée 1673-1690. Québec, s. éd., 1912. 47 p.
OUELLET, Gérard. Chestien Leclercq - Nouvelle relation de la Gaspésie - Édition critique. Montréal, Éditions de l’Université de Montréal, 1999. 791 p., cartes, ill.
VALOIS, Jacques. « Michel Bruslé ». Dictionnaire biographique du Canada, vol II, p. 111.
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