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William Wakeham, le 17 août 1897

En 1897, le commandant Wakeham donne au Canada une assise juridique sur les îles arctiques.

Officiellement, John Cabot prend possession de Terre-Neuve au nom de l’Angleterre en 1497. Jacques Cartier en a fait autant pour la France en plantant une croix à Gaspé en 1534. Le premier donnait à son monarque un territoire qui serait un jour une province canadienne et le second apportait à François Premier ce qui constitue maintenant la partie continentale du pays. L’œuvre de ces deux explorateurs ne couvre donc pas l’ensemble du Canada tel qu’on le connaît aujourd’hui. Reste encore à assurer la propriété de l’Archipel arctique, dont l’étendue équivaut à cinquante pour cent du territoire canadien actuel. Le travail de Jean Cabot et de Jacques Cartier s’achève seulement 363 ans plus tard, en 1897, par celui un résidant de Gaspé, le Dr et Commandant William Wakeham.

William Wakeham, médecin et Inspecteur des pêches

Le Dr William Wakeham est originaire de Québec. Il débute ses études sans sa ville natale, puis le jeune homme s'inscrit en médecine à l'Université McGill, à Montréal. Diplômé de cette faculté en 1866, il s’installe à Gaspé où il pratique sa profession pendant dix ans. Un court retour à Québec lui permet de prendre la relève de son père au Lunatic Asileum. Pour une raison demeurée sans réponse à ce jour, Wakeham revient définitivement en Gaspésie en 1879.

William Wakeham (l'homme qui porte un chapeau), à la roue du SS Diana
William Wakeham (l'homme qui porte un chapeau), à la roue du SS Diana
Crédit : Coll. Mario Mimeault
Gaspésie (général) []
Le poste d’Inspecteur des Pêches pour le gouvernement canadien dans le golfe Saint-Laurent et sur les côtes du Labrador s’ouvre alors. Wakeham applique et obtient le poste. Il a, à ce titre, plusieurs responsabilités à assumer. Il doit d’abord commander le vapeur La Canadienne et patrouiller toutes les eaux de la côte est canadienne. Les visites qu’il fait aux établissements de pêche sont l'occasion de prodiguer des soins à la population. Commissaire de police dûment mandaté, il tranche les litiges entre les pêcheurs et les entrepreneurs. De surcroît, il distribue les permis de pêche et assure l'ordre en employant au besoin la force avec l'appui d'une équipe d'hommes bien armés. Représentant du gouvernement, il a en plus pour tâche de voir au respect des conventions internationales reliées aux activités de pêche.

Un pays en devenir

Wakeham avait rempli son mandat d'inspecteur des pêches pendant dix-huit ans quand s'achève une série de développements politiques qui auraient dû le projeter à l'avant-scène canadienne. Le Canada est alors un jeune pays en pleine évolution. Constitué de quatre provinces en 1867 au départ, son territoire est agrandi considérablement par la suite. Les Territoires du Nord-Ouest sont achetés à la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1869, la province du Manitoba s’ajoute en 1870, l'entrée de la Colombie Britannique dans la Confédération est négociée l'année suivante et ainsi que celle de l'Île-du-Prince-Édouard en 1873. L'organisation du pays s’effectue rapidement, en particulier sous la politique nationale du Parti conservateur de John A. Macdonald. Le gouvernement finalise la construction du Canadien Pacifique en 1885, peuple l'Ouest à la faveur d'une immigration européenne massive et structure l'administration des Territoires du Nord-Ouest en quatre districts en 1895.

Kekerton , 17 août 1897
Kekerton , 17 août 1897
Prise de possession de l’Arctique canadien
Crédit : Coll. Mario Mimeault
Gaspésie (général) []
En 1897, le pays est maintenant lié d'est en ouest du continent. Le gouvernement envisage dès lors la construction d'un tronçon ferroviaire qui joindrait la capitale du Manitoba, Winnipeg, au poste de Churchill, sur la côte ouest de la Baie d'Hudson. De là, il pourrait relier les Prairies à l'Atlantique en développant un lien maritime qui passerait par le détroit de Hudson. Les temps de passage de cette voie navigable sont toutefois peu connus. Par ailleurs, le Canada doit faire face à un problème d'affirmation nationale sur ce territoire. Le Dominion s'était vu offrir en 1880 tout l'archipel arctique par le gouvernement britannique, mais les autorités canadiennes n’avaient posé aucun geste par la suite qui puisse être interprété comme une appropriation officielle du territoire ou comme une occupation effective. Il s’agissait pourtant de 500 000 milles carrés de territoire, ce qui est beaucoup plus grand que la superficie totale des six provinces mises ensemble. Or, les Allemands, les Écossais, les Danois et les Américains fréquentent depuis longtemps les régions arctiques. Depuis assez longtemps, en tout cas, pour que les capitaines des navires baleiniers étrangers croient détenir un droit à fréquenter cet endroit. Dans ces circonstances, il devient difficile pour le pays de prétendre gérer les eaux du détroit de Hudson et d'établir en toute quiétude un lien maritime entre les provinces de l'Ouest et l'Océan atlantique par le nord.

Le plénipotentiaire gouvernemental

C'est afin d'amener des solutions à ces deux problèmes que le gouvernement envoie William Wakeham dans le détroit de Hudson à l'été 1897. Le ministre de la Marine et des Pêches, l'Honorable Louis H. Davies, lui adresse une lettre officielle le 23 avril pour lui demander deux choses : d’une part, déterminer les temps limites de passage dans le bras de mer afin de permettre aux compagnies marchandes de planifier correctement le mouvement de leurs navires et d’autre part, affirmer l'autorité canadienne sur le territoire de l'Archipel arctique au nom du roi d'Angleterre et du Canada.

Le commandant Wakeham prépare rapidement son expédition. Il loue un baleinier terre-neuvien, le SS. Diana, propriété de la Job Brothers de Saint-Jean de Terre-Neuve, et il engage un équipage aguerri à la navigation en eau arctique, aussi originaire de la petite colonie britannique. Le port d'attache de l'opération est fixé à Halifax, en Nouvelle-Écosse, où se fait l'achat de tous les équipements et des victuailles. Après plusieurs semaines de préparatifs, le SS. Diana quitte le port de Halifax par temps clair, en après-midi du 3 juin 1897, et il arrive au détroit de Hudson le 22 juin.

Le SS Diana
Le SS Diana
Crédit : Coll. Mario Mimeault
Gaspésie (général) []
Sur place, Wakeham étudie les champs de glace et les courants maritimes puis fait débarquer les équipes de scientifiques qu'il a amené avec lui. Le bateau du gouvernement canadien parcourt dans les semaines suivantes le bras de mer de part en part à deux reprises. Bien que certains incidents menacent l’expédition, comme lorsque le SS. Diana reste pris dans les glaces, celui-ci gagne la baie de Cumberland, puis le poste de Kekerton à l'est de la Terre de Baffin le 15 août suivant. Il y a là une station baleinière exploitée depuis trente-cinq ans par la Noble and Company de Aberdeen, en Écosse. Le poste est, à l'arrivée du représentant officiel du Canada, sous les ordres d'un certain Milne. Plus de cent cinquante Inuits travaillent au service de sa compagnie et trouvent là toute la nourriture, les armes et les vêtements dont ils ont besoin pour la durée de leur engagement. Kekerton est probablement alors l'établissement en opération le plus ancien et le mieux tenu de l'Archipel arctique. Milne croit d’ailleurs que ce territoire est américain. Voilà ce qui décide le commandant Wakeham à prendre officiellement possession du territoire à cet endroit.

La cérémonie a lieu en toute simplicité le 17 août 1897 en présence des officiers du SS. Diana, du gérant de l'établissement écossais et des Inuits. Elle donne lieu à une courte allocution que le commandant Wakeham prononce après avoir hissé l'Union Jack. Il reste de l'événement une photographie de la cérémonie qui témoigne du geste posé. Elle atteste du mérite qui doit être reconnu au commandant Wakeham pour avoir été le premier à conférer au pays une assise juridique sur les îles arctiques, un territoire aux richesses alors insoupçonnées, mais combien importantes aujourd'hui. À long terme, le pays ne peut que se féliciter du travail de William Wakeham, particulièrement quand les Américains envoient en 1985 le Polar Sea dans l'Archipel arctique sans demander la permission à Ottawa et qu’ils déclarent que ces eaux sont internationales au même titre que le canal de Suez et le canal de Panama. Le bilan de l'expédition de 1897 doit ainsi être fait en gardant en tête les prétentions que les Américains avaient sur ce territoire. L'appropriation de ce territoire par le magistrat canadien a en effet procuré au Canada des droits sur le sol arctique.

Mario Mimeault, MA Histoire
Chercheur indépendant,
Gaspé, 15 juin 2002

Bibiographie:

ARCHIVES NATIONALES DU CANADA. RG 42, Archives du Ministère de la Marine, vol. 336, dossier no 13205 A., Lettre du Ministre de la Marine et des Pêches, Louis H. Davies, à William Wakeham, le 23 avril 1897.

MIMEAULT, Mario. « Wakeham, William ».Dictionnaire biographique du Canada, vol. XIV, p. 1134 s.;
MIMEAULT, Mario. « A Dundee Ship in Canada’s Arctic: SS Diana and Wiliam’s Wakeham Expedition of 1897 ». The Northern Mariner / Le Marin du Nord, VIII (July 1998), pp. 51-61.

WAKEHAM, William. Report of the Expedition to Hudson Bay and Cumberland Gulf in the Steamship "Diana" under the Command of William Wakeham. Ottawa, Marine and Fisheries Canada, 1898, 83 p., ill.


 

 

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