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Mgr François-Xavier Ross et la création du diocèse de Gaspé

Mgr François-Xavier Ross Ross, nommé premier évêque du diocèse de Gaspé en 1922, se démarque par sa participation à l’érection et à l'organisation d’une nouvelle division administrative recouvrant tout le territoire de la péninsule gaspésienne.

D’ascendance écossaise, François-Xavier Ross est né en 1869 à Grosses-Roches, sur le versant nord de la péninsule gaspésienne. Il est le descendant d’une famille de cultivateurs. Le jeune Ross fait ses études classiques à l’extérieur de la région et reçoit la tonsure ecclésiastique à Rimouski le 19 mai 1894. Sa carrière lui fait alors toucher à tous les aspects du sacerdoce : le missionnariat, la desserte paroissiale, l’enseignement et la cléricature. François-Xavier Ross est aussi élevé à la dignité épiscopale à titre de premier évêque du diocèse de Gaspé en 1922. Il se démarque, de fait, par sa participation à l’érection et à l'organisation d’une nouvelle division administrative recouvrant tout le territoire de la péninsule.

Le jeune prêtre

François-Xavier Ross, douzième d’une famille de quatorze enfants, commence en 1882 des études classiques dans le presbytère de Mgr François-Xavier Bossé à Pointe-aux-Esquimaux, aujourd’hui Havre-Saint-Pierre sur la Basse-Côte-Nord. En septembre 1883, sous la recommandation de son mentor, il entre au Petit Séminaire de Québec. Huit ans plus tard, les portes du Grand Séminaire s’ouvrent à lui, mais il n’a pas encore débuté sa formation que l’évêque de Rimouski, Mgr André-Albert Blais, lui confie des tâches d’enseignement à son Petit Séminaire, en plus de requérir ses services comme secrétaire personnel. Ross termine ainsi sa formation de séminariste à Rimouski où il reçoit l’ordination en mai 1894.

Les huit années suivantes le rapprochent de la population. Nommé d’abord missionnaire à Saint-Laurent de Matapédia en 1896, il devient, deux ans plus tard, desservant puis curé de L’Anse-aux-Gascons, dans la Baie des Chaleurs. Il est ensuite affecté à la paroisse de Saint-Louis du Ha! Ha!, dans le Témiscouata. En 1904, l’abbé Ross résigne ses fonctions pour aller étudier le droit canonique à Rome. À son retour, en 1906, l’évêque le nomme Principal de l’École Normale de Rimouski. Il fait sa marque à ce poste en publiant un Manuel de pédagogie qui fait autorité dans le domaine de l’enseignement pendant une vingtaine d’années. François-Xavier Ross demeure à la direction de cette école jusqu’en 1922. Pendant ce temps, il élargit la portée de sa pensée en fondant une Société pédagogique et littéraire dont il est l’un des conférenciers les plus assidus. Ses credos en pédagogie reposent sur la formation adéquate des enseignants, l’amélioration des programmes des écoles primaires et la nécessité pour les jeunes de faire des études avancées.

Les antécédents du diocèse de Gaspé

F.-X. Ross
F.-X. Ross
Crédit : Archives de l’Évêché de Gaspé
Gaspésie (général) []
Jusqu’à la nomination de François-Xavier Ross au titre de premier évêque de Gaspé, la péninsule a toujours, sur le plan religieux, été tributaire de l’extérieur. Depuis le régime français jusqu’à l’année 1763, le diocèse de Québec s’occupait de desservir la région au mieux de ses intérêts. Quelques évêques, en route pour la France, ou sur le chemin du retour, comme Mgr de Laval, ont fait de simples arrêts à Percé. Ainsi, seuls des missionnaires s’occupent de la région à cette époque. Des pères récollets, comme le père Joseph Denys, avaient tenu mission à Percé de 1672 à 1690. D’autres avaient pris la relève à Pabos et à Ristigouche de 1751 à 1761.

Après la Conquête anglaise, les missionnaires Bonaventure Carpentier et Jean-Baptiste de La Brosse vivent un temps parmi les réfugiés acadiens de la Baie des Chaleurs. Prenant la relève à partir des années 1770 et dans les années 1800, plusieurs prêtres séculiers desservent les missions françaises et micmaques de la région. De ces prêtres, il y a les abbés Joseph-Mathurin Bourg, Louis-Joseph Desjardins, Charles-François Painchaud, Charles-François Caron, Stanislas Malo, etc. Isolés, en lutte idéologique avec les pasteurs protestants, souvent eux-mêmes malades, ils doivent s’attaquer à de rudes problèmes sociaux. Les plus aigus sont peut-être l’ignorance, le peu d’éducation et de formation religieuse chez leurs ouailles, leur intempérance et leur manque d’assiduité aux offices. Les années 1770 à 1867 voient quand même poindre les premières paroisses de la Gaspésie : Carleton, Bonaventure, Douglastown, Percé, Rivière-au-Renard et Sainte-Anne-des-Monts.

C’est l’époque aussi où l’Église hiérarchique songe à rattacher la Gaspésie à un diocèse néo-brunswickois, mais, devant l’opposition du clergé régional, la péninsule est plutôt intégrée à celui de Rimouski, créé en 1867. Le clergé doit quand même affronter une multitude de problèmes. À la fondation de nouvelles paroisses, s’ajoute l’obligation de contrer les effets de la pauvreté. À la suite de la faillite des grandes compagnies de pêche en 1888, les membres du clergé doivent par exemple orchestrer à travers la province une levée de fonds en faveur des pêcheurs. En fait, les prêtres catholiques s’affirment à cette époque comme les figures de proue dans à peu près tous les domaines : la colonisation, l’agriculture, le coopératisme, l’éducation, etc. Responsable des missions de la côte nord-gaspésienne dans les années 1860, David Roussel prêche l’attachement à la terre et la cultive lui-même. Pour leur part, les Soeurs de la Charité de Québec ouvrent en 1867 un couvent à Carleton. Alors que Henry-Joseph Mussely fonde la paroisse de Saint-Alphonse en 1899, Jacob Gagné met sur pied une fromagerie à Maria en 1905.

La création d’un diocèse gaspésien

Charles Marcil
Charles Marcil
Charles Marcil appuie la création d’un diocèse gaspésien.
Crédit : Archives nationales du Canada
Gaspésie (général) []
Pendant ce temps, l’idée d’un diocèse pour la seule péninsule gaspésienne chemine. Des pressions se font sentir pour regrouper le territoire des comtés de Bonaventure et de Gaspé en une division administrative distincte de celle de Rimouski. Le député de Bonaventure, Charles Marcil, est de ceux qui, en 1902, appuient publiquement cette idée. Mgr Joseph-Romuald Léonard, fils d’Acadien et originaire de Carleton, se montre sensible aux problèmes de la région (grandes distances à parcourir, communications difficiles, influence protestante, etc.) et à la gestion spécifique que sa position nécessite. Une Commission du chapitre cathédral de Rimouski, présidée par Mgr Ross, étudie cette possibilité et conclue en 1920 à la nécessité immédiate de créer le diocèse de Gaspé.

Le choix du siège épiscopal soulève cependant des discussions serrées, d’autant plus que les paroisses de Bonaventure et de Grande-Rivière revendiquent cette investiture. Gaspé, favorisée par sa position centrale par rapport au reste de la péninsule, se gagne toutefois l’appui des membres de la Commission. Finalement, Mgr Léonard présente personnellement la supplique de son clergé à Rome et le Saint-Siège décrète
Mgr Léonard
Mgr Léonard
Crédit : Archives de l’Archevêché de Rimouski
Gaspésie (général) []
l’érection du nouveau diocèse le 5 mai 1922. Le choix du premier évêque est déjà fixé, il s’agit de François-Xavier Ross. Homme d’expérience, il avait été administrateur du diocèse de Rimouski puis élevé au rang de Vicaire Capitulaire pendant les derniers mois du mandat de Mgr Blais, charge qu’il occupe encore après le décès de celui-ci. Mgr Ross est préconisé évêque de Gaspé le 22 décembre 1922, sacré officiellement à Rimouski le premier jour du mois de mai 1923 et intronisé dans la ville siège de son diocèse deux jours plus tard.

Mario Mimeault, MA Histoire,
Chercheur indépendant,
Gaspé, le 15 septembre 2002

Bibliographie :

DESJARDINS, Marc, Yves FRENETTE Jules BÉLANGER. Histoire de la Gaspésie. (Montréal), Boréal Express/I.Q.R.C., (1999), pp. 558-569.

FORTIN, Alphonse. Album des Anciens du Séminaire de Rimouski. Rimouski, Imprimerie Gilbert Limitée, 1940, p. 16 s.

LAVOIE, Laval. Mgr François-Xavier Ross – Libérateur de la Gaspésie. Sainte-Foy, Éditions Anne Sigier, 1989. 261 p., carte, ill.

LEBEL, Camille. « Mgr François-Xavier Ross ». Revue d’histoire de la Gaspésie, vol. II, no 1 (janvier-mars 1964), pp. 25-32.

LE MOIGNAN, Michel. « Mgr F.-X. Ross, un grand éducateur ». Revue d’histoire de la Gaspésie, vol. IV, no 1 (janvier-mars 1966), pp. 35-43.


 

 

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