Gaspésie > Forillon [1970 - ]

Le parc national de Forillon

Le projet de créer un premier parc national au Québec est né de la visite banale d’Arthur Lang, ministre fédéral responsable des parcs nationaux.

Le projet de créer un premier parc national au Québec est né de la visite banale d’Arthur Lang, ministre fédéral responsable des parcs nationaux. Alors qu’un jour il passait en avion au dessus de la péninsule de Forillon, il fait part au maire de Gaspé d’une idée : celle de créer un parc national à cet endroit. De celle-ci découle une phase de négociations entre les gouvernements provincial et fédéral qui mène à la location du territoire et à l’ouverture officielle du Parc National Forillon à l’été 1970.

Des débuts trompeurs et déchirants

Cap Bonami
Cap Bonami
Crédit : Coll. Mario Mimeault
Forillon []
L’ouverture du Parc National Forillon se fait dans un mélange d’espoir et de déchirement. D’espoir, parce que le gouvernement fédéral, pour faire accepter le projet, promet aux Gaspésiens une pléiade d’emplois liés à l’exploitation du parc. Il propose 250, voire même 290 emplois liés directement à l’exploitation du parc et encore davantage indirectement. Cet engagement a son importance parce qu’il touche un point sensible chez les Gaspésiens, aux prises avec un manque chronique de travail. Les investissements promis pour la mise en valeur du milieu humain, qui se chiffrent à 3 millions de dollars, en font rêver plusieurs.

La réalisation de ce projet conduit aussi à un désenchantement et à des déchirements car plus de 200 personnes sont expropriées et déplacées sans leur consentement, avec des compensations pour la plupart dérisoires. Une population, aux racines jersiaises, guernesiaises, irlandaises et loyalistes, réside en effet dans la péninsule de Forillon depuis 200 ans. Pour créer le parc, le gouvernement du Québec, qui en devient le maître d’œuvre, procède à la fermeture de six villages : Indian Cove, Grande-Grave, Petit-Gaspé, Ship Head, L’Anse-Saint-Georges et Penouille, sans compter les villages de L’Anse-au-Griffon, de Cap-des-Rosiers et de Cap-aux-Os qui se voient aussi vidés de leur population. Ces expropriations sont à la source d’un désarroi et d’une détresse psychologique chez une partie de la population déplacée.

Un laboratoire humain

La côte de Forillon
La côte de Forillon
Crédit : Mario Mimeault
Forillon []
Au-delà des promesses parfois trompeuses, la création du Parc National Forillon a tout de même eu des effets positifs. Dans son plan-cadre de développement, le Parc Forillon promettait qu’il serait "« le premier parc national canadien où l’on se préoccuperait de l’histoire ». Effectivement, l’injection massive de capitaux permet dans un premier temps de mener une campagne de recherches scientifiques dans le but de bien comprendre le milieu que l’on voulait mettre en valeur. Jusque-là, les seules études de ce genre sur le milieu des pêches gaspésiennes avaient été le fait de scientifiques américains. Des fouilles archéologiques, accompagnées d’une cueillette de données anthropologiques et historiques, mettent au jour une présence antérieure aux Européens et documentent le passé récent des sociétés halieutiques, ce qui est une première pour l’est canadien.

Une vitrine partielle

Magasin William Hyman and Sons
Magasin William Hyman and Sons
Crédit : Mario Mimeault
Forillon []
Dans les faits, cependant, l’interprétation sur le terrain a plutôt mis l’accent sur « L’harmonie entre la terre et la mer ». À quelques endroits dans le parc, à Grande-Grave surtout, avec la Maison-Blanchette et le Magasin-Hyman, le visiteur peut avoir, bien sûr, une idée, assez juste d’ailleurs, du milieu de vie de l’habitant et du marchand, mais combien ponctuelle et partielle. Combien de thèmes restent à couvrir pour donner une vision juste du milieu de vie qui s’animait jadis dans le secteur! La pêche de la morue sous le régime français dans la baie de Gaspé, l’histoire de la mine de plomb de Petit-Gaspé creusée par les gens de Jean Talon, la chasse à la baleine à Penouille au XIXe siècle, les effets de la Première guerre mondiale sur la région de Forillon, etc.

Un milieu touristique dynamique

Au-delà des vicissitudes occasionnées par la création du parc, reste tout de même, aujourd’hui, une réalité qu’une majorité de Gaspésiens a appris à apprécier. Les installations du Parc National Forillon représentent en effet des actifs importants, quelques quatre-vingt millions de dollars, que le milieu touristique régional n’aurait pu trouver ni investir seul. Devenu l’une des locomotives de l’industrie touristique de la péninsule, le parc attire maintenant 175 000 visiteurs à chaque année. Il est ainsi difficile de ne pas apprécier les bénéfices économiques qui s’en suivent.

Le Parc Forillon ne lésine pas sur les moyens pour attirer sa clientèle. Des campagnes de publicité sont faites à grands frais. Elles sont d’ailleurs bien accueillies par les acteurs régionaux, car elles profitent aux petites entreprises qui ont vu le jour aux abords de son périmètre : auberges, restaurants, campings et centres touristiques et d’interprétation. Sur le terrain, une tarification abordable et un service de réservation permettent aux visiteurs de planifier leur séjour à l’avance. Des activités d’interprétation soigneusement préparées par les naturalistes leur assurent des découvertes enrichissantes. Un programme saisonnier couvre à peu près tous les aspects de l’univers côtier et marin délimité par le parc. Les thématiques se veulent des plus variées : « Un monde sous-marin », « La vie au bord de l’eau », « Penouille », « Un monde à part », « Les secrets de la roche de Forillon » et « Les oiseaux marins de Forillon ».

L’Anse-Blanchette
L’Anse-Blanchette
Crédit : Mario Mimeault
Forillon []
Des ajustements apportés à la vocation initiale du parc permettent aujourd’hui de découvrir son passé. En plus des centres d’interprétation à visiter, le visiteur peut, dans une randonnée interactive, découvrir les facettes de l’industrie de la pêche au siècle précédent et revivre l’ambiance des soirées d’antan à L’Anse-Blanchette, avec conteurs et musiciens.

L’amateur de la nature y trouve aussi son compte. Des sentiers pédestres serpentent en différents milieux naturels. Le sentier de La Chute traverse une érablière et aboutit à une magnifique chute d’eau. Celui des Graves le conduit, en suivant la côte, jusqu’à l’endroit où les Appalaches plongent dans l’Océan Atlantique. Le visiteur peut surplomber l’arête de Forillon, sillonner la vallée de l’Anse-au-Griffon et camper dans les trois aires de camping aménagées le long des sentiers. Il peut aussi, si le cœur lui en dit, emprunter le Sentier international des Appalaches qui débouche dans le Parc Forillon et marcher jusqu’au Mont Katahdin, dans l’état du Maine, aux États-Unis.

Pique-niques, randonnées à vélo ou à cheval, croisières d’observation, activités de plage, kayak de mer, pêche en eau salée, plongée sous-marine, observation de baleines, randonnées de ski ou en raquettes l’hiver, un véritable « Vent d’activités récréatives », comme l’annonce si bien une publicité du parc, attend le visiteur.

Depuis la création du Parc Forillon, les manières de faire ont évolué et les responsables de la création de nouveaux parcs ont profité de l’expérience qui y ont acquise. Ainsi, ils accordent plus d’égards aux habitants des milieux impliqués. À Forillon, aujourd’hui, le souvenir des familles qui occupaient antérieurement les lieux est souvent évoqué lors des échanges entre les guides-interprètes et les visiteurs.

Mario Mimeault, MA Histoire,
Chercheur indépendant,
Gaspé, le 27 octobre 2002

Bibliographie :

BÉLANGER, Jules. « Forillon dans l’histoire : un bref bilan ». Gaspésie, vol. XXXIII, no 2 (automne 1996), p. 5.

BUJOLD, Raynald. « Parc national Forillon – 25 ans d’histoire et de réalisations ». Gaspésie, vol. XXXIII, no 2 (automne 1996), p. 22.

DOW, Cynthia. « Un très beau parc, mais il manque d’âme, celle des gens du coin ». Gaspésie, vol. XXXIII, no 2 (automne 1996), pp. 23-25.

FALLU, Jean-Marie. « L’histoire et la culture : Les dimensions cachées de Forillon ». Gaspésie, vol. XXIII, no 4 (décembre 1985), pp. 2-7.

SAINT-AMOUR. Maxime. Parc National Forillon. Ottawa, Environnement Canada, 1984. 127 p., cartes, ill.

SITE INTERNET : Parc National Forillon http://www.parcscanada.gc.ca/parks/quebec/forillon/f/frame_visite_branchee_f.html


 

 

Encyclobec a bénéficié de l'aide financière du Fonds de l'autoroute de l'information
Ministère de la Culture et des Communications

© 2003 Encyclobec