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Gaspésie > Gaspésie (général) [1930 - ]
Le théâtre gaspésien
Assurer la survie du théâtre en Gaspésie est un défi constant, tant pour les troupes amateurs que pour les troupes professionnels.
Assurer la survie du théâtre en Gaspésie, comme pour plusieurs autres régions de la province, est un défi constant. Défi à l’œuvre, mais défi aussi au genre. La clientèle intéressée à cette forme d’expression de l’art n’est pas aussi dense en région que dans les grands centres, mais des amateurs et des professionnels ont pris la gageure d’y réussir.
Les débuts
| | Le Centre d’Art de Percé Un berceau du théâtre en Gaspésie. Crédit : Musée de la Gaspésie Perçé [] | Le théâtre gaspésien pourrait avoir commencé dans les salles paroissiales, mais peu d’indices peuvent témoigner de ce travail de pionnier. À peine a-t-on conservé le souvenir d’activités théâtrales au Petit Séminaire de Gaspé. À chaque année, depuis la fin des années 1930, les élèves de Belles-Lettres montaient, avec leur professeur de français Claude Allard, l’un des grands classiques au programme, Le Cid de Corneille, L’Avare de Molière et quelques fois des pièces engagées comme Sur la terre comme au ciel. En 1959, Antonin Lamarche, c.s.v., crée et monte Le jeu de la croix de Gaspé, à la mémoire de la prise de possession du Canada par le célèbre Malouin Jacques Cartier. C’est une occasion pour les étudiants de connaître davantage l’histoire nationale et de célébrer l’œuvre de l’Église sous le régime français.
Il y a bien eu également des représentations de troupes itinérantes, comme celle de Jean Grimaldi, qui ont par la suite apporté aux Gaspésiens le théâtre de variété avec Manda, La Poune, Jean Duceppe et combien d’autres. Un théâtre professionnel à demeure fait son apparition en région avec l’ouverture en 1956 du Centre d’Art de Percé où Suzanne Guité invite des troupes de Montréal à jouer un répertoire estival. Paul Hébert, Albert Millaire, Denise Pelletier et son frère Gilles sont ainsi passés sur les planches locales.
Les pionniers gaspésiens
L’une des premières véritables troupes d’amateurs issues du terroir à voir le jour est L’Astran. Cette compagnie monte pour la première fois sur les planches au Cégep de Gaspé en 1969 à l’initiative des professeurs du tout nouveau Collège de la Gaspésie et d’un petit groupe de mordus de la région. Les débuts sont prometteurs. Quatre pièces sont en effet jouées en trois ans, avec des auteurs québécois : Antoine Leclerc, Robert Lamoureux et Félix Leclerc. La troupe, incorporée en 1979, s’est renouvelée à chaque année et a monté depuis, malgré le manque de ressources professionnelles, vingt pièces de théâtre en vingt-cinq ans.
| | La Grange à Francis Crédit : Francis Pelletier Sainte-Anne-des-Monts [] | La même année où les comédiens de L’Astran se sont initiés au théâtre, une autre troupe de passionnés s’est regroupée à Sainte-Anne-des-Monts autour de la Grange à Francis. De 1974 à 1989, la Troupe de théâtre de la Grange a monté douze pièces. Des pièces d’auteurs québécois sont évidemment jouées, mais aussi les créations d’auteurs gaspésiens comme Yolande Fortin, Francis Pelletier, Jeanne Mimeault et David Lonergan. Certaines pièces, au moins cinq, ont même été présentées au Centre d’Art de Percé. L’enthousiasme de ces pionniers s’est alors communiqué à d’autres qui ont formé par la suite La troupe de théâtre amateur de Sainte-Anne-des-Monts et Pince-Farine, la première compagnie qui a tenté de vivre exclusivement du Grand Art en Gaspésie. Cette dernière organise même des ateliers de théâtre de création.
Aujourd’hui
Aujourd’hui, une dizaine de troupes de théâtre professionnelles et amateurs exercent leur art tout au long de l’année pour certaines, et durant l’été pour d’autres. Le Théâtre de la Vieille Forge de Petite-Vallée joue depuis deux ans Quatre chasseurs, une pièce qui se veut l’adaptation de Broue et qui connaît un succès équivalent au point de vue régional. Le Théâtre de l’Hippogriffe, anciennement Les Productions de l’Auguste théâtre, de Francine Guimont, formé depuis 2000, a produit La Céleste bicyclette de Roch Carrier à la salle Chouin’Art de L’Anse-au-Griffon, en plus d’y tenir pendant l’été un camp de théâtre. L’été 2002 a donné lieu à une lecture animée de Ah! Ibabelle, de Catherine Anne. Cette forme de jeu scénique voulait intégrer le Manoir Le Boutillier à l’action dramatique tout en impliquant les spectateurs au jeu des comédiens. Un succès!
Dans la Baie des Chaleurs, le Théâtre de la Petite Marée de Bonaventure, une compagnie professionnelle qui rassemble des créateurs gaspésiens et québécois, mène de son côté une expérience tout aussi unique. En adaptant des œuvres de la littérature à des jeux scéniques qui intègrent personnages humains et marionnettes, cette troupe parvient à susciter autant l’intérêt des adultes que celui des enfants. Les Productions À tour de rôle, du théâtre La Moluque de Carleton, est une autre troupe professionnelle qui vit des arts de la scène depuis vingt ans. Elle s’est méritée, en 1999, le Prix de la meilleure production en régions et du meilleur texte original en 2000 à la Soirée des Masques.
Une école de théâtre, La Passerelle
| | Pince-Farine Crédit : Coll. Musée de la Gaspésie Sainte-Anne-des-Monts [] | Alors que L’Astran monte sur les planches en 1969 et que la Grange à Francis ouvre ses portes en 1970, un théâtre de création fait son apparition au même moment à la polyvalente de Paspébiac à l’instigation d’un professeur d’art dramatique, Wilfrid Joseph. Deux ans plus tard, se tient un événement, La Grande affaire, une sorte d’olympiade du théâtre. Celui-ci est en fait un festival où les écoles de Matapédia, de Carleton, de Bonaventure et de Paspébiac présentent chacune une demi-heure d’une création théâtrale. Cette expérience est un succès et suscite l’intérêt de la population étudiante à telle enseigne qu’un programme de formation Arts-Études est créé à la polyvalente de Paspébiac sous le nom d’Atelier de théâtre La Passerelle.
Le cours dispensé à Paspébiac axe la formation sur le théâtre de création. Les élèves inscrits au programme touchent tous les aspects du spectacle depuis l’écriture jusqu’au montage des pièces à interpréter, en passant par la réalisation. La synergie qui se développe autour de cette activité conduit ses concepteurs à imaginer puis à réaliser un festival de théâtre qui prend le nom de Festival du Trac, un acronyme signifiant Théâtre Régional Amateur de Création. À sa dixième édition, qui a eu lieu du 24 au 26 mai 2002, l’événement a regroupé vingt-deux troupes. Y ont participé, entre autres groupes, des étudiants du Collège Édouard-Monpetit, de Montréal, ceux de la troupe les Boutons d’Art, de Campbellton, et plusieurs professionnels dont la Troupe professionnelle de Québec Danse contemporaine, la Troupe professionnelle Bas les masques, de Montréal, auxquels s’ajoutent les Cent façons, la Troupe amateur adulte de Québec, etc. Depuis les débuts du Festival du TRAC, deux Prix Essor décernés par le ministère de l’Éducation du Québec sont venus couronner les efforts de cet organisme.
Mario Mimeault, MA Histoire
Chercheur indépendant,
Gaspé, le 23 novembre 2002
Bibliographie :
COLLECTIF. Cahier souvenir – Le théâtre de L’Astran Inc. 1969-1994 – 25 ans. 75 p., ill.
HARVEY, Michelle, « Le Centre d’Art de Percé a 25 ans », Gaspésie, vol. XX, no 3 (juillet – septembre 1982), p. 9 s.
LEPAGE, Germaine et Marie-Josée SAINT-PIERRE. La vie culturelle et sociale à Sainte-Anne-des-Monts de 1968 à 1990. 75 p., ill.
MIMEAULT, Mario. Entrevue avec Claude Allard et Clément Thibaut, le 23 novembre 2002.
TURCOTTE, Carmen. « Wilfrid Joseph, le grande l’art théâtral à Paspébiac », Gaspésie, vol. XXXV, no 3 (hiver 1998-99), pp. 32-33.
SITE INTERNET :
Festival du Trac :
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