Bas-Saint-Laurent > Bas-Saint-Laurent (général) [ - 2003]

Bassins versants, lacs et rivières

La structure du réseau hydrographique a façonné le mouvement d’occupation de nombreuses régions du Québec.

Les régions de l’Outaouais, de la Mauricie et du Saguenay se sont développées autour des importants cours d’eau qui leur ont laissé leur nom. Même si le Bas-Saint-Laurent ne possède pas d’aussi puissantes rivières, son réseau hydrographique n’a pas seulement affecté la distribution de la population sur son territoire, mais il a aussi influencé toutes les phases de son développement économique. Les seigneuries ont été attribuées de part et d’autres des rivières qui se jettent dans l’estuaire et autour des lacs du plateau, et les grandes scieries construites aux XIX[e] et XX[e] siècles l’ont été aux mêmes endroits. Encore aujourd’hui, la protection de ces cours et de ces plans d’eau monopolise une large part des débats régionaux.

Le réseau hydrographique de la région a été bien défini il y a des millions d’années. Toutefois, il connaît certaines retouches au cours des glaciations, surtout durant la dernière à affecter la région. Au cours de la déglaciation, les eaux libérées par la fonte des glaciers vont se frayer un chemin au gré de la morphologie du territoire. Elles s’accumulent dans les creux, les anfractuosités de plissements, dans les zones de failles transversales, créant lacs et rivières qui structurent et embellissent le paysage actuel. La ligne de crête qui traverse la région sur toute sa longueur délimite deux bassins versants de dimensions différentes. Vers le nord, la ligne de crête demeure assez proche de l’estuaire, alors qu’au sud, les eaux du bassin du Témiscouata se jettent loin au sud, dans la baie de Fundy, via la rivière Saint-Jean.

La face nord du réseau hydrographique est particularisée par plusieurs bassins de peu d’envergure. Les plus importants, ceux des rivières du Loup, des Trois Pistoles, Rimouski, Mitis et Matane s’étendent sur une superficie de 1 000 à 2 000 kilomètres carrés. Ceux des rivières Verte, du Sud-Ouest, du Bic, Tartigou et Blanche sont encore plus modestes. C’est bien peu si on compare aux 143 000 kilomètres carrés drainés par la rivière des Outaouais, aux 88 000 du Saguenay et aux 43 000 de la Saint-Maurice. Si cette abondance de bassins forestiers a permis une certaine urbanisation et industrialisation à l’embouchure des rivières, elle a aussi empêché la constitution d’un gros centre de traitement du bois, comme à Trois-Rivières, qui se retrouve en aval d’un immense réservoir de matières ligneuses.

Vers le sud, les bassins drainés par deux lacs d’assez grande dimension, les lacs Témiscouata et Matapédia, s’étendent sur près de 3 000 kilomètres carrés au Bas-Saint-Laurent. Le réseau hydrographique du lac Témiscouata forme la partie nord du versant de la baie de Fundy qui draine, via la rivière Saint-Jean, les rivières Saint-François, Madawaska et Bleue. Plus à l’est, le bassin de la baie des Chaleurs draine dans le Bas-Saint-Laurent l’important réseau du lac et de la rivière Matapédia qui se joint à celui de la rivière Ristigouche. Les deux grands lacs de la région présentent une importante particularité. Ils sont orientés sud-est/nord-ouest contrairement aux autres formations lacustres qui suivent le sens des plis et des failles du système appalachien. Cette orientation des bassins forestiers vers le sud aura des retombées néfastes sur le développement économique de la région au cours de la période historique. Le bois pourra être flotté vers les usines établies au Nouveau-Brunswick, ce qui défavorise la transformation locale.

Au Québec, les rivières n’ont pas seulement servi au transport des billes dans le cadre de l’exploitation forestière, elles ont, depuis la fin du XIX[e] siècle, aussi été mises à profit comme force motrice. Cependant, la faible puissance des rivières de la région couplée à la variation saisonnière considérable de leur débit leur confère un potentiel économique différent de celui d’autres régions du Québec. L’absence d’importants pouvoirs d’eau limite la construction d’usines hydro-électriques et les aménagements industriels qui en découlent. À quelques endroits, la rupture de pente est cependant assez forte pour créer des chutes d’eau d’un volume suffisant pour installer une usine de production d’électricité, notamment à Rivière-du-Loup et à Métis, qui ont hérité des principales chutes.

Aujourd’hui, le transport du bois par flottage appartient au passé et les usines sont partout approvisionnées par l’incessant va-et-vient d’une flotte de camions lourds. Toutefois, l’infrastructure industrielle contemporaine reflète encore le rôle majeur du réseau hydrographique dans sa distribution. D’une part, les principales usines de transformation du bois se retrouvent à Rivière-du-Loup, Price et Matane, et au centre des vallées de la Matapédia et du Témiscouata. D’autre part, les petites centrales de production d’électricité de Rivière-du-Loup, Rimouski et de Grand-Métis témoignent du faible potentiel hydro-électrique de la région qui reçoit la majeure partie de ses approvisionnements en électricité de la rive nord, via Lévis. De nos jours, c’est le potentiel récréo-touristique des lacs et des rivières qui s’avère leur principal atout économique.

Jean-Charles Fortin, INRS-Urbanisation, Culture et Société
23 septembre 2003

SOURCES :

FORTIN, Jean-Charles, Antonio LECHASSEUR et al. Histoire du Bas-Saint-Laurent. Québec, IQRC, 1993. 864 p.

LAVERDIÈRE, J.W. et J.G. MORIN. « Géologie des Appalaches canadiennes entre Rivière-du-Loup et Matane », Le Naturaliste canadien, vol. 68, n° 10-11 (oct.-nov. 1941).


 

 

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