Bas-Saint-Laurent > Bas-Saint-Laurent (général) [1867 - 1940]

La presse périodique régionale, 1867-1940

Jusqu’aux années 1850, les rares journaux publiés au Québec ne s’adressent pas à un large public. Les francophones sont encore majoritairement analphabètes, et le coût de l’abonnement restreint la diffusion aux gens plus aisés que leurs compatriotes. De 1850 à 1880, l’alphabétisation fait des progrès spectaculaires et, avant la fin du siècle, plusieurs journaux à grand tirage viennent combler le besoin d’information d’une population de plus en plus avide de connaissance. Bientôt, les communautés rurales sentent le besoin de fonder leur propre journal. L’hebdomadaire local et régional, déjà bien présent dans la vallée du Saint-Laurent au tournant du XX[e] siècle, connaît une forte croissance avant 1940.

Le premier journal régional ne naît pas dans la plus importante agglomération de la région, Rivière-du-Loup, car la parution de La Voix du Golfe, le 25 juin 1867, est liée à une circonstance particulière. C’est à l’invitation de Mgr Langevin, premier évêque du diocèse de Rimouski qui vient d’être érigé, qui l’imprimeur P.-G. Delisle vient s’installer à Rimouski. L’évêque juge un tel organe nécessaire à la diffusion de ses mandements et lettres pastorales. Toutefois, la pauvreté des habitants du diocèse, l’analphabétisme encore largement répandu et la faiblesse du bassin publicitaire contraignent le premier hebdomadaire régional à la fermeture. Malgré des efforts répétés, la ville épiscopale ne sera pas dotée d’un journal durable au XIX[e] siècle, et les hebdos Le Courrier de Rimouski, Le Nouvelliste de Rimouski, The Rimouski Star et L’Écho du Golfe connaissent une existence éphémère.

À Rivière-du-Loup, par contre, l’importance du bassin publicitaire et sa fonction de ville-carrefour permettent le maintien d’un organe durable. L’hebdomadaire Le Journal de Fraserville, fondé en 1884, va survivre jusqu’aux années 1920 malgré la forte concurrence. En fait, Rivière-du-Loup occupe une place à part dans l’histoire de la presse périodique régionale. Au tournant du XX[e] siècle, on y publie quatre périodiques (Le Journal de Fraserville, Le Saint-Laurent, Le Peuple, Bulletin Politique). Cette prolifération de journaux locaux d’information tient à la place particulière occupée par Rivière-du-Loup dans le « bas de Québec ». La ville ferroviaire est devenue un important nœud de communication et quand le premier ministre canadien et le gouverneur général y gagnent leur résidence d’été, elle devient la capitale estivale du Canada.

Durant la première moitié du XX[e] siècle, l’hebdomadaire régional ne remplace pas le grand journal quotidien distribué par la poste depuis Montréal et Québec. Mais ces grands journaux francophones ne peuvent servir de véhicules publicitaires pour les commerçants d’ici qui ont besoin d’un organe local ou régional. Toutefois, le modeste bassin publicitaire et la faible audience contraignent l’hebdomadaire régional à l’humilité. Souvent, le propriétaire-journaliste-publicitaire, dont les revenus proviennent de quelques centaines d’abonnés à un dollar par année, et de quelques dizaines d’annonceurs potentiels, doit exercer un autre métier pour gagner sa vie. C’est pourquoi l’initiative d’un imprimeur est nécessaire à la naissance d’un journal au Bas-Saint-Laurent, car son impression fournit le seul travail régulier. Ainsi, les deux plus importants hebdomadaires de la région sont-ils fondés par des imprimeurs; J.E. Frenette crée Le Saint-Laurent en 1895 à Rivière-du-Loup, et F.X. Létourneau lance Le Progrès du Golfe à Rimouski en 1904.

L’analyse du contenu du Progrès du Golfe permet de jeter un éclairage sur la qualité de la presse périodique régionale bas-laurentienne avant 1940; à cette date, Le Progrès s’abonne à une agence de presse qui lui fournit le contenu international jusqu’alors assumé par des journalistes locaux. Dans les premières décennies de son existence, Le Progrès du Golfe compte quatre ou six pages. Dans le numéro type de quatre pages, la première est consacrée à l’éditorial traitant de politique nationale ou internationale et à l’actualité politique, la deuxième et la troisième aux faits divers, aux annonces publicitaires et aux cartes professionnelles, et la quatrième contient les nouvelles locales et paroissiales. Les tirages demeurent longtemps modestes. En 1920, Le Progrès tire à 1 300 exemplaires par semaine, comparativement à 1 700 pour son concurrent louprivois Le Saint-Laurent.

Avant 1940, seules les villes de Rivière-du-Loup et de Rimouski parviennent à maintenir un organe de presse durable. À Matane, les quatre journaux lancés entre 1911 et 1936, Le Cri de l’Est, L’Écho de Matane, La Voix du fleuve et L’Aube connaissent une existence éphémère. Au cours des années 1940 toutefois, la recrudescence de l’activité économique régionale suscitée par la guerre et la prospère après-guerre va permettre une forte croissance du nombre de journaux et de leur tirage. Désormais, les cinq petites villes de Rivière-du-Loup, Rimouski, Matane, Mont-Joli et Amqui vont être dotées d’un journal local.

Jean-Charles Fortin, INRS-Urbanisation, Culture et Société
23 septembre 2003

SOURCES :

LECHASSEUR, Antonio et Yvan MORIN. « La presse périodique dans le Bas-Saint-Laurent : aspects historiques », Revue d’histoire du Bas-Saint-Laurent. vol. 10, nos 2-3 (mai-déc. 1984). p. 34-149.

TRÉBAOL, Charles. « Le Progrès du Golfe et la réalité internationale 1904-1940 ». Revue d’histoire du Bas-Saint-Laurent. vol. 9 n° 1 (janv-avril 1983). p. 11-28.

FORTIN, Jean-Charles, Antonio LECHASSEUR et al. Histoire du Bas-Saint-Laurent. Québec, IQRC, 1993. 864 p.


 

 

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