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L’activité théâtrale après 1950

Un précédent article a rappelé l’effervescence du théâtre amateur au Bas-Saint-Laurent durant la première moitié du XX[e] siècle. La multiplication des institutions d’enseignement secondaire au cours des années 1950 renforce le théâtre scolaire, mais la concurrence du cinéma de langue française et la télévision nuisent au « théâtre de société », bien vivant jusque-là dans les petites villes de la région. Désormais, c’est dans son salon que l’on peut apprécier les téléromans et les pièces de théâtre télédiffusées. Les années 1970 sont toutefois marquées par une renaissance du théâtre régional, un mouvement que renforce aujourd’hui la professionnalisation des artisans et la popularité du théâtre estival.

Avant les années 1960, le répertoire de toutes ces troupes d’amateurs demeure traditionnel. Elles continuent à puiser dans les répertoires classique et religieux et, à l’occasion, dans celui du boulevard. La profonde mutation culturelle engendrée par la Révolution tranquille amène un changement de répertoire. On joue des auteurs modernes tels que Tchekov, Brecht, Pirandello, Anouilh et Ionesco, ainsi que des auteurs québécois, comme Marcel Dubé, Jacques Ferron, Félix Leclerc et Michel Tremblay. Au milieu des années 1970, le répertoire s’enrichit de pièces engagées à caractère sociopolitique. Ce nouveau théâtre régional emprunte la voie des créations collectives et s’inspire des problèmes suscités par le développement inégal et la fermeture de paroisses sur le plateau appalachien. Ce théâtre régional donne naissance à de nouvelles troupes dont les plus connues sont les Gens d’en Bas, La Relance et le Théâtre en rang à Rimouski, et la dramaturgie bas-laurentienne s’enrichit de leurs créations originales.

Durant la première moitié du XX[e] siècle, c’est à Rivière-du-Loup que la vie théâtrale bas-laurentienne avait connu ses plus belles heures. À compter de 1950, Rimouski, Matane et Amqui apparaissent toutefois comme les villes les plus animées en ce qui concerne l’activité théâtrale. La recension de la production par sous-régions montre que la région de Rimouski se démarque au Bas-Saint-Laurent : des quelque 930 spectacles présentés entre 1940 et 1979, plus de la moitié l’ont été à Rimouski ou dans les environs. Au cours des années 1970, cependant, la région Matane-Matapédia surpasse celle de Rimouski en terme de nombre de représentations. Parmi les troupes responsables de cette intense vie théâtrale, on peut nommer La Séance et Taparan à Matane, Les Gais Compagnons et le Théâtre des 3 Coups à Amqui.

À Rimouski, la présence des institutions d’enseignement supérieurs fondées dans le cadre diocésain favorise la production théâtrale scolaire. Au milieu du XX[e] siècle, l’activité théâtrale fait déjà partie d’une longue tradition au Séminaire, au couvent des Ursulines et au pensionnat des Sœurs du Saint-Rosaire. Ce sont souvent les anciens de ces institutions qui vont plus tard former le noyau des troupes et des cercles dramatiques qui naissent dans les petites villes et les gros villages de la région. À Rimouski, c’est la même filière qui suscite la création de troupes d’amateurs désireux de s’affranchir du théâtre traditionnel : Les Audacieux, La Bamboche et Les Triple sept. En fait, les troupes d’amateurs se multiplient à mesure que le théâtre cesse d’être une activité importante dans les institutions scolaires, la réforme de l’éducation accordant peu de place dans ses programmes à l’exigeante production dramatique.

Les années 1980 marquent un nouveau tournant. Comme ailleurs au Québec, les jeunes comédiens bas-laurentiens se lassent d’un métier qui les force à dépendre des maigres subventions et des revenus aléatoires. Les troupes fondées au cours de la décennie précédente disparaissent et les comédiens de métier doivent s’exiler à Montréal. Cette triste réalité provoque une salutaire réaction et deux troupes sont désormais subventionnées sur une base régulière par le ministère des Affaires culturelles du Québec : Les Productions Recto-Verso à Matane et les Gens d’en Bas au Bic. Cette dernière, fondée en 1973, se distingue par la qualité et l’originalité de ses productions et par sa volonté d’établir au Bas-Saint-Laurent une troupe permanente professionnelle. L’ambitieux projet est devenu une réalité.

Depuis les dernières années, la troupe des Gens d’en Bas, désormais logée dans un édifice qui respecte les normes de l’art dramatique, présente une programmation qui s’étend sur toute l’année. Ses artisans et ses créations ont reçu de nombreux prix qui témoignent de l’appréciation d’un public fidèle et des professionnels du métier à l’échelle québécoise. Par contre, à Rivière-du-Loup et à Trois-Pistoles, la survie du théâtre d’été de l’Auberge de la Pointe et celle des Productions théâtrales des Trois-Pistoles demeurent dépendantes de la popularité du théâtre estival. Après plus d’un siècle d’existence, le théâtre bas-laurentien a ses traditions, ses dramaturges, comme Bertrand B. Leblanc et Victor-Lévy Beaulieu, et son répertoire qui s’élargit au fil des ans.

Jean-Charles Fortin, INRS-Urbanisation, Culture et Société
23 septembre 2003

SOURCES :

LÉVESQUE, Line et Denise GAGNON.Répertoire des activités théâtrales dans l’Est du Québec (1867-1980). Rimouski, UQAR, 1980. [n.p.].

FORTIN, Jean-Charles, Antonio LECHASSEUR et al. Histoire du Bas-Saint-Laurent. Québec, IQRC, 1993. 864 p.


 

 

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