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Saguenay—Lac-Saint-Jean > Saguenay - Lac-Saint-Jean (général) [1840 - 1900]
Charlevoix et le peuplement du Saguenay—Lac-Saint-Jean au XIXe siècle
Entre 1850 et 1870, 80 % des nouveaux arrivants au Saguenay—Lac-Saint-Jean sont originaires de la région de Charlevoix.
La migration change inévitablement l'aspect humain d'un pays ou d'une région. Lorsqu'un nouveau territoire s'ouvre à la colonisation, des gens viennent s'y installer. Leur origine donne un ton particulier à la terre d'accueil. En 1842, le Saguenay devient officiellement une nouvelle région où les populations peuvent s'établir et acquérir une propriété. D'où provenaient ces agriculteurs et forestiers et pour quelles raisons ont-ils choisi la région saguenayenne comme terre d'adoption ?
Quand le Saguenay ouvre ses portes aux colons, un mouvement de migration vers les Etats-Unis fait rage dans la province de Québec. Pendant le XIXe siècle, on estime que près d'un million de personnes quittent le Québec pour chercher un travail dans les usines manufacturières des États-Unis. Les élites et le clergé militent donc pour développer les ressources de l'arrière-pays afin de garder les Canadiens français au pays. L'occupation principale des nouveaux arrivants demeure majoritairement l'agriculture. Il faut dire que le nouveau territoire saguenayen fait rêver, en grande partie parce que les promoteurs en présentent les terres comme propices aux activités agricoles et forestières. Les agriculteurs peuvent en effet travailler dans les chantiers des entrepreneurs William Price et Peter McLeod jr. afin d'améliorer leur revenu tout en pratiquant l’agriculture.
Les gens de Charlevoix qui s'établissent au Saguenay—Lac-Saint-Jean partent parfois seuls, mais le plus souvent avec leurs familles, par leurs propres moyens ou par l’entremise de sociétés de colonisation. Ce genre d'association est très populaire particulièrement dans les années 1840 et 1850.
Au Lac-Saint-Jean, la plus importante des sociétés de colonisation est l'Association des comtés d'Islet et de Kamouraska qui, avec le curé Nicolas-Tolentin Hébert, fonde Hébertville en 1849. Certaines de ces sociétés de colonisation éprouvent de grandes difficultés à réaliser leur projet. C’est le cas de la Société de Baie Saint-Paul qui, au milieu du XIXe siècle, ne parvint à établir que quelques familles dans le canton Signay (actuellement Alma).
Entre 1850 et 1870, près de 80 % de l'ensemble des nouveaux arrivants au Saguenay proviennent de la région voisine de Charlevoix. Mais ils ne sont pas les seuls : les gens du Bas-Saint-Laurent et des environs de Québec viennent également dans la région, mais en nombre moins important. Les gens migrent généralement en famille, il est en effet plus rare qu'une personne seule décide de partir à l'aventure. Les parents songent à trouver des terres pour leurs enfants au lieu de les laisser partir travailler dans les grands centres comme Québec, Montréal ou certaines régions des États-Unis. Les familles migrantes se déplacent en groupe vers les mêmes lieux de destination et ne se séparent pas. Ainsi, les personnes provenant de Baie-Saint-Paul se dirigent vers la paroisse Saint-Alphonse de Bagotville alors que celles qui quittent La Malbaie choisissent davantage Saint-Alexis de Grande-Baie.
La région du Saguenay—Lac-Saint-Jean s'est peuplée assez rapidement. Les régions de provenance des migrants se limitent à Charlevoix, au Bas-Saint-Laurent et à Québec au XIXe siècle, mais au XXe siècle l’origine des nouveaux venus est différente. À partir de ce moment, une division s'effectue dans la région : le Saguenay devient plus industriel alors que le Lac-Saint-Jean, tout en développant son industrie, garde une plus forte emprise autour de l'industrie agraire. Enfin, le développement industriel attire de nouvelles catégories de travailleurs (journaliers, ouvriers spécialisés, etc.), ce qui tend à diversifier le profil de la population régionale.
Camil Girard et Laurie Goulet
Groupe de recherche Histoire (GRH)
Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)
30 octobre 2003
Sources :
GIRARD, Camil et PERRON, Normand. Histoire du Saguenay—Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989, 665 p.
BOUCHARD, Gérard. Quelques arpents d'Amérique : population, économie, famille au Saguenay (1838-1971), Montréal, Boréal, 1996, 635 p.
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