Saguenay—Lac-Saint-Jean > Saguenay - Lac-Saint-Jean (général) [1838 - ]

La Société des Vingt-et-un et la colonisation du Saguenay

La Société des Vingt-et-un, qui entreprend la colonisation du Saguenay—Lac-Saint-Jean vers1840, s’adonne aussi à l’exploitation des ressources forestières.

La population du Saguenay—Lac-Saint-Jean conserve vivant le souvenir de ses ancêtres. Ceux-ci occupent une place importante dans l’histoire régionale. Les premiers Charlevoisiens, qui ont mis le pied en terre saguenayenne en 1838, sont souvent identifiés comme des habitants appartenant à la Société des Vingt-et-un. Voyons un peu en quoi consiste cette société, pour quelles raisons elle est venue dans la région et la place qu’elle occupe dans le patrimoine régional.

Le commerce international joue un rôle majeur dans l'ouverture du Saguenay. En effet, l'Angleterre, en raison d’un conflit militaire avec la France qui l’empêche d’accéder à ses colonies forestières de la mer Baltique au début du XIXe siècle, accroît ses importations de bois venant du Canada. Peu à peu, les marchands de bois de la colonie canadienne deviennent des fournisseur importants et cherchent de nouvelles réserves de bois, comme celles du Saguenay—Lac-Saint-Jean qui sont peu exploitées. C'est dans ce contexte qu'un groupe composé de 21 actionnaires, avec à leur tête Alexis Tremblay et Thomas Simard, s’associent pour fonder la Société des Vingt-et-un. Cependant, les sociétaires doivent prendre en considération que l’agriculture est interdite à cette époque sur le territoire convoité. Mais comme ces hommes ont un certain âge et qu'ils sont bien établis dans Charlevoix, ils ne comptent pas vraiment s’installer définitivement au Saguenay—Lac-Saint-Jean. Ils y viennent plutôt avec l’espoir d’un gain monétaire et avec celui d’y établir un jour leurs enfants.

Au printemps 1838, donc peu de temps après les Troubles de 1837-1838, le gouvernement du Bas-Canada, en accord avec la compagnie de la Baie d’Hudson qui avait acquis les droits pour l’exploitation des fourrures, permet à la Société des Vingt-et-un de s’installer au Saguenay. Quelques membres du groupe parti de La Malbaie se dirigent d’abord vers L’Anse-Saint-Jean et se rendent ensuite à Grande-Baie. Dès leur arrivée, les actionnaires entreprennent la construction de scieries. En moins de quatre ans, neuf scieries sont construites. Cependant, le capital qu’ils investissent dans l’entreprise est de moins grande importance que celui de l'entrepreneur d'origine anglaise William Price. Certaines études tentent de confirmer l’hypothèse voulant que les Vingt-et-un aient été des agents inavoués de Price qui achète toute la production des sociétaires. L’acquisition par Price des avoirs de la Société des Vingt-et-un, en 1843, semble confirmer cette hypothèse. La Société des Vingt-et-un disparaît. William Price s’assurait ainsi d’un monopole sur le commerce du bois dans cette région.

Le mythe des pionniers et fondateurs reste bien ancré dans la mentalité régionale. Les célébrations entourant la Société des Vingt-et-un sont d’ailleurs encore vivaces. Retenons toutefois que c’est aux Amérindiens que revient le titre de premier occupant du territoire.

Camil Girard et Laurie Goulet
Groupe de recherche Histoire (GRH)
Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)
30 octobre 2003

Sources :

GIRARD, Camil et PERRON, Normand. Histoire du Saguenay—Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989, 665 p.

POUYEZ, Christian, LAVOIE, Yolande et alii, Les Saguenayens, Introduction à l'histoire des populations au Saguenay (XVIe-XXe siècle), Sainte-Foy, Québec, 1983, Les Presses de l'Université du Québec, 386 p.

DECHENE, Louise. "Les entreprises de William Price (1810-1850) : scieries et chantiers", Saguenayensia, vol. 12, no 4 juillet-août 1970, p 82-85


 

 

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