Saguenay—Lac-Saint-Jean > Saguenay - Lac-Saint-Jean (général) [1850 - 2000]

Parenté et consanguinité au Saguenay—Lac-Saint-Jean aux XIXe et le XXe siècles

Les liens de parenté et l’entraide familiale ont favorisé l’établissement des familles à l’époque de la colonisation. Même si on tient à perpétuer des valeurs autour des dynamiques familiales, les mariages entre proches parents demeurent rares et mal vus. À l'évidence, parenté n’égale pas consanguinité.

Les activités qui impliquent la participation de la famille sont variées. Elles concernent souvent le travail, mais aussi les activités associées au loisir, à la vie sociale, comme les veillées, lesquelles ont beaucoup d'importance. En effet, c'est pendant les veillées que se tissent les liens entre les gens d'un même voisinage. Dans ce voisinage, il y aussi la parenté, qui est particulièrement importante puisqu’elle est en partie à la base d’un réseau d'entraide fiable en cas de nécessité. Tout cela favorise-t-il pour autant la consanguinité ? À l'évidence, parenté n’égale pas consanguinité.

Dans une région où tout est à construire, comme au Saguenay—Lac-Saint-Jean, l'implantation sur le nouveau territoire est exigente. C'est dans ces moments que la parenté joue un grand rôle. En effet, les liens parentaux favorisent le regroupement des familles dans un rang, dans un village, voire dans divers quartiers d'une ville. Les réseaux d'entraide prennent alors toute leur importance.

Au cours des premières décennies de peuplement en particulier, les habitants sont très interdépendants, car ils sont éloignés de tout. L'organisation sociale étant plutôt chaotique, le rôle de la parenté est renforcé, car elle incarne une des seules valeurs constantes et sûres. Les relations d'interdépendance entre les parents et les enfants créent donc une forte solidarité familiale.

Selon Bouchard et De Braeckeleer, la consanguinité est un lien qui unit des personnes qui possèdent un ancêtre commun. L'Église interdit les mariages dont les deux époux sont parents. Cependant, moyennant une dispense monétaire, le couple peut contourner cette interdiction. Au Saguenay—Lac-Saint-Jean, la fréquence des mariages consanguins est très faible. Le taux se situe à 10 % au début du XXe siècle. À partir des années 1920, le taux commence à décroître. Il s’abaisse à 4 % en 1932-1941 et à 1 % à partir des années 1950. Différents facteurs peuvent expliquer cette baisse. Parmi eux, mentionnons l'augmentation de la population et la construction de voies de communication. Ces deux facteurs contribuent fortement à l’élargissement du bassin où l’on peut choisir un conjoint. Par rapport aux taux observés dans la province de Québec, le Saguenay—Lac-Saint-Jean conserve généralement une basse fréquence. En effet, à la fin du XIXe siècle, le pourcentage de mariages consanguins est même plus faible dans la région saguenayenne que dans celle de Québec, par exemple.

Les liens de parenté et l'entraide familiale ont favorisé l'insertion des familles dans leurs nouveaux milieux. Cependant, même si on tient à perpétuer des valeurs autour des dynamiques familiales, les mariages entre proches parents demeurent rares et mal vus. D'où l'importance de rappeler que si les Saguenayens et les Jeannois sont souvent apparentés, cela ne signifie surtout pas qu'ils ont des liens consanguins que des mariages entre parents auraient permis ou favorisés. Ce n'est pas le cas. Les recherches approfondies sur la question le prouvent.

Camil Girard et Laurie Goulet
Groupe de recherche Histoire (GRH)
Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)
30 octobre 2003

Sources :

GIRARD, Camil et PERRON, Normand. Histoire du Saguenay—Lac-Saint-Jean, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989, 665 p.

BOUCHARD, Gérard et BRAEKELEER, Marc de. Pourquoi des maladies héréditaires ?, Québec, Septentrion, 1992, 182 p.

GIRARD, Camil et FERLAND, Catherine. "J'me marie, j'me marie pas... Conjugalité à Laterrière (1900-1950)", Saguenayensia, vol. 44, no 3, juillet-septembre 2002, p. 22-30.


 

 

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