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Abitibi-Témiscamingue > Abitibi-Témiscamingue (général) [1951 - 1976]
Quelques données sur la modernisation de l’agriculture au Témiscamingue, 1951-1976
À compter des années 1950, d’importants changements se produisent dans le monde rural. L’exode rural, la diminution du nombre de fermes, la spécialisation accrue et l’augmentation de la valeur financière des fermes contribuent à la transformation des campagnes.
À partir du début des années 1950, de nombreux changements secouent le milieu rural témiscamien et québécois. Les structures économiques et sociales subissent des transformations en profondeur, entraînant notamment la fin de la complémentarité entre le travail en forêt, l’hiver, et le travail sur la ferme, l’été. Le secteur agricole ressent durement ces transformations de l’équilibre qui prévalait jusque-là dans le monde rural. Faute de débouchés sur le marché du travail, les jeunes quittent le Témiscamingue. L’exode rural soulève la question de la relève agricole et entraîne une nouvelle vague de mécanisation et de spécialisation de l’agriculture, élevant les fermes au rang de véritables entreprises. La présentation de tableaux commentés illustre ces transformations de l’agriculture, depuis 1950.
Parmi les plus importants changements qui s’accomplissent dans le monde rural, mentionnons la professionnalisation de l’agriculture et du travail en forêt. Désormais, il devient de plus en plus difficile de travailler à mi-temps sur la ferme et à mi-temps en forêt, les deux activités s’étendant sur 12 mois. Deux choix s’offrent alors aux petits producteurs agricoles à temps partiel, soit devenir de bûcherons à temps plein, soit agrandir son exploitation agricole et devenir producteurs agricoles à temps plein. Par ailleurs, la saturation de l’espace bloque les projets d’établissement des fils d’agriculteurs sur les terres du Témiscamingue. Privés d’avenir sur les fermes, plusieurs ruraux quittent les régions pour se rendre travailler dans les villes. Ainsi, la population du Témiscamingue diminue d’une façon générale et en particulier sur les fermes, comme le montre le tableau suivant.
| | Population du Témiscamingue Crédit : Marc Riopel Abitibi-Témiscamingue (général) [] |
Désormais, les agriculteurs se préoccupent de plus en plus du rendement des vaches laitières et de la productivité du sol. L’agriculture devient ainsi une activité dans les mains de producteurs spécialisés. À compter de 1950, le nombre de fermes du Témiscamingue diminue considérablement. Parallèlement, la superficie des fermes occupées augmente. Ainsi, alors qu’il y avait beaucoup de petites fermes en 1951, celles de 1976 sont plus grandes et moins nombreuses, comme l’indique ce tableau.
| | Superficie fermes occupées Crédit : Marc Riopel Abitibi-Témiscamingue (général) [] |
Les changements en agriculture se reflètent également sur la composition du cheptel. Entre 1951 et 1976, le nombre moyen de vaches laitières par ferme augmente considérablement, étant multiplié par quatre. Cela consolide ainsi la spécialisation laitière du Témiscamingue. À cela s’ajoute un autre domaine de production, celui de l’élevage bovin, comme l’indique la progression du nombre moyen d’animaux par ferme. D’autres types d’élevage disparaissent toutefois, dont l’élevage de porcs.
| | Animaux sur les fermes Crédit : Marc Riopel Abitibi-Témiscamingue (général) [] |
Finalement, toutes ces modifications changent considérablement le portrait des fermes témiscamiennes, comme l’illustre le tableau suivant. Deux éléments démontrent en particulier les transformations du métier d’agriculteur, la valeur des fermes et la mécanisation des activités agricoles. Le silo refait son apparition et les agriculteurs se dotent de tracteur, de moissonneuse-batteuse et de trayeuse mécanique. En 1941, il existe de nombreuses petites fermes dont la valeur moyenne se chiffre à environ 3 000 $. En 1991, les fermes sont devenues de véritables entreprises dont la valeur moyenne atteint 250 000 $. L’achat d’équipement aratoire de plus en plus sophistiqué, la modernisation des bâtiments de la ferme et le cheptel expliquent cette hausse considérable de la valeur des fermes. Cela entraîne toutefois un effet pervers sur la relève agricole puisque, désormais, la profession d’agriculteur est à toute fin pratique fermée aux jeunes, mis à part aux quelques fils d’agriculteur encore intéressés par ce métier.
| | Valeur de la ferme ($) Crédit : Marc Riopel Abitibi-Témiscamingue (général) [] |
Depuis le milieu du XXe siècle, l’agriculture témiscamienne subit donc de profondes modifications, affectant l’équilibre qui prévalait jusque-là dans le monde rural et se transforme en crise de la société rurale. L’exode rural, la diminution du nombre de ferme, la spécialisation accrue de l’industrie laitière et la nécessaire expansion des fermes caractérisent ce changement. L’agriculture est devenue progressivement une spécialité qui requiert des investissements considérables. L’acquisition d’une exploitation agricole nécessite un engagement financier important et un tel projet est inaccessible à une majorité de jeunes. Se pose alors le problème de la relève agricole.
Marc Riopel, Ph.D. Histoire, À travers le temps enr., Hudson, 2 août 2002
Références :
BOUCHARD, Gérard. Quelques arpents d'Amérique. Population, économie, famille au Saguenay, 1838-1971. Montréal, Boréal, 1996. 635 pages.
FORTIN, Gérard. La fin d’un règne. Montréal, Hurtubise HMH, 1971. 397 pages. Collection Sciences de l’homme et humanisme.
JEAN, Bruno. Agriculture et développement dans l’Est du Québec. Sillery, Presses de l’Université du Québec, 1985. 431 pages.
LACASSE, Sylvio. Entrevue orale réalisée par Marc Riopel, 29 mars 1995.
STATISTIQUE CANADA, Recensements canadiens, 1941-1991. Compilation des données par Marc Riopel.
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