Côte-du-Sud > Sainte-Anne-de-la-Pocatière [1847 - 1962]

L’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière

L’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière vise à procurer aux élèves les dernières connaissances de la science agricole et de les initier aux meilleures pratiques de culture sur une ferme modèle. À partir de 1912, cette institution formera des bacheliers en agriculture.

L’idée d’une école d’agriculture à Sainte-Anne-de-la-Pocatière est énoncée pour la première fois en décembre 1847. Ce n’est toutefois que le 5 février 1855 que les directeurs du Collège de Sainte-Anne sont avisés que le projet est bien vu de plusieurs membres canadiens-français du gouvernement. Le député de Kamouraska, Jean-Charles Chapais, est l’un des plus ardents partisans de l’établissement de l’école auprès de la ferme-modèle du collège classique. C’est cependant l’abbé François Pilote, alors supérieur du collège classique, qui est le véritable fondateur de l’École d’agriculture de Sainte-Anne, la première institution du genre au Canada.

Première école d’agriculture au Canada

Après avoir effectué une tournée de huit mois à travers les meilleurs établissements agricoles de France, de Belgique et d’Irlande, François Pilote rentre au pays pour organiser l’école, qui a pour mission de relever le niveau d’instruction des cultivateurs. Dans l’esprit de ce dernier, il s’agit d’une œuvre nettement patriotique, comme en fait foi la devise de l’institution : " Le sol, c’est la patrie ; améliorer l’un, c’est servir l’autre ". Inaugurée officiellement le 10 octobre 1859, l’école débute ses cours avec trois inscrits.

Les candidats doivent être âgés d’au moins 16 ans, savoir lire et écrire et posséder des notions de base en arithmétique. Le cours est d’une durée de deux ans. Il permet aux élèves d’aborder tous les aspects de la science agricole et de s’initier aux meilleures pratiques de culture sur la ferme annexée à l’école et exploitée aux frais du collège. Les élèves proviennent d’abord de la région, mais le recrutement s’étend ensuite à l’ensemble du Canada français. La fréquentation de l’école s’avère beaucoup plus coûteuse pour les pensionnaires, mais le gouvernement offre des bourses d’étude. De 1859 à 1912, l’école enregistre 573 inscriptions, soit une douzaine de nouveaux inscrits en moyenne à chaque année. Si l’on en juge par ceux qui ont complété leur cours entre 1859 et 1877, les deux tiers de ses finissants vivent ensuite de l’agriculture.

La ferme modèle de l’École d’agriculture de Sainte-Anne est de 145 arpents, à l’origine, mais elle dépasse les 350 arpents trente ans plus tard, à la suite d’acquisitions par l’abbé Pilote. Au fil des années, on y expérimente de nouvelles variétés de plantes et on y introduit des races de d’animaux améliorées. Les pratiques agricoles retiennent également l’attention : le drainage et l’assainissement des sols d’abord, puis le recours aux amendements et aux engrais dans le but d’accroître les rendements. L’efficacité de nouveaux outils est également vérifiée sur la ferme. Cependant, l’adoption d’un nouvel assolement (plantes sarclées avec fumier abondant suivies de céréales pour préparer les prairies artificielles) conçu pour restaurer les terres épuisées par l’ancien système de la jachère constitue le principal apport de l’école au milieu régional.

De 1859 à 1912, l’École d’agriculture de Sainte-Anne décerne uniquement 16 diplômes et 27 brevets d’aptitude. Parmi ses anciens les plus illustres, on peut mentionner les noms suivants : Auguste-Charles-Philippe Landry, auteur d’un Traité populaire d’agriculture théorique et pratique, qui fait carrière en politique après avoir été cultivateur à Saint-Pierre de Montmagny ; Isidore-Joseph-Amédée Marsan, qui enseigne durant plusieurs années à l’École d’agriculture de L’Assomption et termine une longue carrière dans l ‘enseignement au poste de directeur des études à l’Institut agricole d’Oka ; enfin, Émile Castel, secrétaire de la Société d’Industrie laitière et de l’École de laiterie de Saint-Hyacinthe durant quatorze ans. Plusieurs autres fonctionnaires, directeurs et régisseurs de fermes importantes au Québec, au Nouveau-Brunswick et au Manitoba sont aussi passés par Sainte-Anne.

Des bacheliers en agriculture

En 1910, le Collège de Sainte-Anne entreprend, avec l’aide financière du ministère provincial de l’Agriculture alors dirigé par un Sudcôtois, Joseph-Édouard Caron – il possède une ferme à Sainte-Louise – la construction d’un édifice plus spacieux pour loger convenablement l’École d’agriculture. Affiliée à l’Université Laval au mois de janvier 1912, l’institution est désormais autorisée à décerner des baccalauréats en sciences agricoles. Elle franchira une autre étape, en 1940, en étant élevée au rang de Faculté.

L’organisation d’un cours de niveau universitaire constitue un défi de taille pour les autorités de l’École d’agriculture de Sainte-Anne. Les nouveaux locaux sont occupés le 27 février 1912, mais dès l’automne de la même année, le nombre d’admissions est tel qu’un agrandissement devient nécessaire. L’édifice agrandi peut accueillir 130 élèves. Avec les autres écoles situées à Oka et à Sainte-Anne-de-Bellevue, l’École d’agriculture de Sainte-Anne bénéficie de l’aide financière des gouvernements québécois et canadien, qui investissent ainsi dans la formation de leurs futurs cadres. Huit professeurs en titre et autant de chefs de pratique sont chargés des cours.

De 1912 à 1940, environ 7 000 étudiants sont admis à l’École d’agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, dont 2 300 au cours moyen destiné aux fils de cultivateurs et 3 000 à divers cours spéciaux (coopération, industrie animale, mécanique, etc.). Durant le même intervalle, plus d’un millier d’étudiants y obtiennent leur baccalauréat en agronomie. Ils œuvrent dans les différents services des ministères, dans les coopératives agricoles, les entreprises privées de transformation des produits agricoles, les institutions d’enseignement et de recherche, etc. Les agronomes suscitent d’abord la méfiance, mais ils finissent par se faire accepter par les éléments les plus progressistes de la classe agricole. Ils jouent un rôle très important dans la modernisation de l’agriculture québécoise au XXe siècle.

Au moment de célébrer son centenaire, en 1959, l’École d’agriculture de Sainte-Anne peut se glorifier d’un palmarès impressionnant. En effet, depuis sa reconnaissance comme institution universitaire, elle a formé quelque 500 agronomes, dont 32 sont titulaires d’un doctorat et 63 d’une maîtrise. L’histoire de l’institution se termine cependant en 1962, alors que la Faculté d’agriculture de l’Université Laval est transférée sur le campus de Sainte-Foy. Les locaux de La Pocatière logent depuis ce temps un institut de technologie (agricole puis agroalimentaire) qui dispense une formation de niveau collégial.

Jacques Saint-Pierre, historien, 17 novembre 2002

Bibliographie :

CHAPAIS, Jean-Charles. Notes historiques sur les écoles d’agriculture dans Québec. Montréal, s.n., 1916. 82 p.

GAGNON, Serge. " Pilote, François ". Dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. XI, Québec, PUL, 1982, p. 763-765.

PILOTE, François. Mémoire sur la paroisse, le village, le collège et l’école d’agriculture de Sainte-Anne. Sainte-Anne-de-la-Pocatière, F.H. Proulx, 1867. 20 p.

TOUPIN, Gustave. " Évolution de l’action agronomique depuis 1912 ". Agriculture, vol. 6, no 3 (automne 1949), p. 256-263.


 

 

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