Charlevoix > Clermont [1916 - 1969]

Robert Cauchon (1916-1969). Peintre tourmenté

Parmi les peintres populaires de Charlevoix, le clermontois Robert Cauchon(1916-1969) s’impose par son originalité et sa créativité. Sa vie tourmentée freine toutefois quelque peu sa création artistique fort personnelle.

Le mouvement des peintres populaires de Charlevoix animé par Maud Cabot et Patrick Morgan dans les années 1930 et 1940 notamment a permis à plusieurs artistes-peintres de Charlevoix de se faire connaître bien au-delà des frontières de cette région. Parmi eux, le nom de Robert Cauchon est bien connu. Toutefois, cet artiste charlevoisien a vécu une existence tourmentée et son milieu l’a souvent rejeté à cause de sa personnalité jugée originale pour l’époque.

Robert Cauchon
Robert Cauchon
Crédit : Société d'histoire de Charlevoix
Clermont []
Robert Cauchon est né à La Malbaie en 1916, dans un secteur désigné sous le nom de la Chute Nairne et nommé Clermont à compter de 1931. Rien ne destine ce fils de cultivateur à devenir un artiste. Pourtant, Robert Cauchon s’intéresse très tôt au dessin et à la peinture. Il ne songe pourtant pas à vivre de son art avant sa rencontre avec l’artiste new-yorkais Patrick Morgan dans les années 1930 qui le prend bientôt sous son aile. Morgan reconnaît en Robert Cauchon un artiste doué, peut-être le talent le plus remarquable issu du courant des peintres populaires de Charlevoix.

Les oeuvres artistiques de Robert Cauchon possèdent une originalité propre qui le distingue des autres peintres populaires de Charlevoix. Robert Cauchon met une touche plus personnelle dans sa création et ses coloris parfois éclatants, souvent plus sombres, témoignent d’une intention artistique peu banale chez un artiste sans formation. Selon les ethnologues François Tremblay et Richard Dubé: “ Robert Cauchon excelle par le dynamisme de ses traits. Sa ligne en arabesque ajoute mouvement et grâce à ses tableaux...l’oeuvre produit un effet d’ensemble, dégage une atmosphère. ”

Au cours de la première période de sa création soit dans les années 1930 et 1940, les tableaux de Robert Cauchon présentent souvent des scènes traditionnelles fort colorées. Par la suite, soit de 1950 à sa mort survenue en 1969, Robert Cauchon, quelque peu délaissé après que ses oeuvres soient exposées à New York grâce aux bons soins de Patrick Morgan et Maud Cabot, connaît une période de dépression. Robert Cauchon peint alors des tableaux où la lumière est assombrie avec la présence fréquente d’un orignal, solitaire dans un milieu un peu dévasté, symbolisant peut-être le peintre incompris par son milieu.

Robert Cauchon vit dans une masure en piètre état. Cette résidence située à Clermont est un lieu dédié à la création mais où les conditions de vie sont quasi insalubres. Si Robert Cauchon sait intéresser un artiste comme Patrick Morgan à son art, il n’en est pas de même pour la population locale. Toute sa vie, Robert Cauchon est rejeté par les siens. Son mode de vie et aussi son homosexualité le placent en marge de la société plutôt traditionnelle dans laquelle il vit. À sa mort en 1969, des gens de Clermont incendient volontairement la demeure de Robert Cauchon afin de faire disparaître définitivement ce lieu jugé mal famé. Le brasier emporte des documents et des oeuvres essentiels à la compréhension du travail de Robert Cauchon.

Robert Cauchon connaît donc une existence misérable. Bien sûr, Patrick Morgan et Maud Cabot exposent ses oeuvres et il acquiert une certaine reconnaissance. Cependant, Robert Cauchon n’en demeure pas moins un peintre méconnu même de nos jours, tant dans son milieu d’origine qu’ailleurs au Québec et en Amérique. Ce peintre tourmenté mérite pourtant d’être reconnu comme un véritable artiste, sans doute plus grand que le mouvement artistique des peintres populaires de Charlevoix dont il est issu.

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de charlevoix. La Malbaie. 19 juillet 2002.

Baker, Victoria A. Images de Charlevoix (1784-1950). Montréal, Musée des Beaux-Arts de Montréal, 1981. 178 pages.

Dubé, Richard et François Tremblay. Peindre un pays. Charlevoix et ses peintres populaires. Laprairie, Marcel Broquet, 1989. 160 pages.





 

 

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